La Cour des comptes prépare un nouveau brûlot, cette fois sur les collectivités locales. Mais c’est un point très précis de son travail qui a attiré votre œil. Et la Cour, selon vous, n’est pas aussi rigoureuse qu’il le faudrait.

Il s’agit d’un rapport que nous avons pu, aux Echos, consulter et qui constitue sans surprise une charge contre l’insuffisante maîtrise de leurs dépenses par les collectivités locales. C’est un (petit) événement parce que c’est la première fois que la Cour des comptes publie un travail complet sur ce sujet, comme elle le fait sur l’Etat et la sécurité sociale. Mais ce que l’on retenir aussi (on ne peut pas tout retenir), ce sont trois pages sur 300 : trois pages sur le temps de travail des fonctionnaires locaux, ils sont un million et demi. Trois pages très sévères, mais en même temps des pages bâclées qui nous laissent sur notre faim.

Bon, d’abord, qu’y apprend-on ?

Les magistrats de la rue Cambon concluent de leur enquête que, je les cite, la durée annuelle de travail est très fréquemment inférieure à la durée règlementaire. Qu’elle est très éloignée des 1.607 heures normales. Ils insistent. Voilà le schéma : les communes, les conseils généraux ou régionaux accordent des jours de congés en plus aux salariés, des jours qu’ils ne devraient pas accorder puisque quand on est à 35 heures, on a droit à cinq semaines de congés. A Toulouse, chaque agent a droit à sept à dix jours de vacances en plus – comme ça ; à Strasbourg, c’est cinq ; à Béziers, une demi-journée libre par semaine pour tous, y compris les cadres. Si on sait que chez les agents territoriaux, il y a plus d’absence- maladie qu’ailleurs, voilà le constat.

Où est le problème dans cette nouvelle enquête de la Cour des comptes ?

Le problème est que si cette enquête décrit ce qu’on vient de dire, si c’est vrai, cela mérite plus que trois pages, cela mérite des détails, des études complètes et vérifiées. On a l’impression que la Cour, au fond, n’est pas allée plus loin que le livre à succès de Zoé Shepard, vous savez cette fonctionnaire d’Aquitaine, qui avait écrit « Absolument Dé-bor-dée ». Si tout cela est vrai, c’est grave, cela coûte très cher. Si les salariés travaillent 3% de moins que ce qu’ils doivent (seulement 3%), cela représente 50.000 postes, 800 millions. Il faut réagir et mettre en demeure les employeurs d’agir. Mais si tout cela n’est pas vrai, c’est injurieux pour les fonctionnaires territoriaux et leur donne une image désastreuse. Une durée de travail très en dessous de ce qui prévoit la loi, dit la Cour. Cela mérite d’aller plus loin.

En début de semaine, la Cour avait déjà taclé le temps de travail d’autres salariés.

Oui, ceux d’EDF et de RTE. Dans les deux cas, elle a souligné, dans un référé public, que le temps de travail réel est très en dessous du temps normal. Mais là encore, c’est un document de quatre pages, pas plus.

Qu’en concluez-vous ?

Que le flou fasse l’objet d’un secret partagé entre employeurs et employés, parfois d’une petite lâcheté, on le comprend. Mais que la Cour des comptes fasse une vraie enquête ou se taise.

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