On vote aujourd’hui en Afghanistan. Dans quel contexte économique se déroulent ces élections ? Je pourrais vous dire que l'Afghanistan va plutôt bien, avec une croissance de plus de 7% l'an dernier qui aurait de quoi nous faire envie. Mais ce n'est pas la réalité. L'Afghanistan, c’est d'abord l’un des dix pays les plus pauvres au monde, et le seul de ces dix pays hors d’Afrique. Les Afghans vivent avec un euro par jour. Un euro par jour! C'est dix fois moins que dans un pays comme la Thaïlande, et presque cent fois moins qu'en France. Un enfant sur six meurt dans les premiers mois de sa vie. C’était le niveau chez nous au XIXe siècle. A peine un Afghan sur cinq sait lire. Et pendant longtemps, les filles n'ont même pas eu le droit d'aller à l'école alors que l'on sait que leur scolarisation est le meilleur moyen de booster le développement d'un pays. L’espérance de vie dépasse à peine les 40 ans. Juste un dernier ordre de grandeur : la dépense militaire des Etats-Unis en Afghanistan est supérieure à la valeur de toutes les richesses produite dans le pays, de son PIB. Mais justement, la croissance va permettre à l'Afghanistan de rattraper son retard... Le problème, c'est que cette croissance vient exclusivement des milliards de dollars de l'aide internationale. Sans elle, l'économie afghane végéterait. Il n'y a pratiquement pas d'industrie, et c'est tout simplement très difficile de travailler dans un pays en guerre depuis trente ans, où les routes sont défoncées, où la capitale Kaboul est souvent plongée dan le noir faute d'électricité. Aucune activité n'émerge? Ah si ! Dans un domaine, l'Afghanistan est le leader mondial. Il exporte partout et il a taillé des croupières à ses concurrents ces dernières années. Cette activité fait même le quart de la production du pays. Avec toutefois deux problèmes. D'abord, le marché n'est pas fameux. Vu l'abondance de l'offre, les prix ont été divisés par trois en trois ans. Ensuite, cette activité, c'est la culture du pavot, qui sert à fabriquer l'opium et l'héroïne. Difficile d'en faire un modèle de développement. Cerise sur le gâteau: l'argent de la drogue sert à financer les talibans, et le gouvernement Karzai n'a jamais essayé de s'y attaquer frontalement. Est-ce qu'il y a tout de même un espoir pour l'économie afghane? Le plus terrible, c'est que le pays aurait des cartes à jouer. J'en citerai trois. D'abord, une diaspora très qualifiée qui pourrait dynamiser la production. Ensuite, des atouts agricoles formidables. Depuis des siècles poussent en Afghanistan des fruits délicieux, du raisin, des poires, des prunes, des grenades – sans jeu de mots. On peut aussi faire pousser des fleurs. Enfin, il y a plein de métaux sous terre. La Chine va investir 3 milliards de dollar pour une gigantesque mine de cuivre. Et la condition pour que tout ça marche, pour que l'économie afghane puisse s'épanouir? Sur le papier, c'est simple. Arrêter la guerre – ce n'est pas mon rayon, vos invités en parleront tout à l'heure. Arrêter la corruption. Et avoir une vraie démocratie. C’est l’économiste et philosophe Amartya Sen qui le faisait remarquer : depuis que l’Inde est une vraie démocratie, il n’y a plus de famine. Parce que la famine empêche tout simplement de gagner les élections. Mais la démocratie, en Afghanistan, c'est loin d'être gagné.

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