Réunion de travail autour de Nicolas Sarkozy aujourd’hui à Fort Brégançon sur les dossiers économiques. Qu'est-ce qu'on en attend? Le but pour le gouvernement, c'est de montrer qu'il ne s’occupe pas que de sécurité. La question du jour est la préparation du budget de l’Etat pour 2011. Mais avant d’en venir au fond, je voudrais faire une remarque un peu plus politique sur cette prérentrée qui a lieu dans une maison de vacances. Car elle montre bien les contours du pouvoir sous la présidence Sarkozy. Participent en effet trois ministres et trois conseillers de l’Elysée : c’est la parité new age ! Il y a le Premier ministre François Fillon et son correspondant à l’Elysée, le très urbain secrétaire général Claude Guéant. Sur l’économie, viennent bien sûr les deux ministres de Bercy, Christine Lagarde et François Baroin, et côté Elysée le discret mais brillant Xavier Musca. Et sur le social Raymond Soubie, le diplomate conseiller social de Nicolas Sarkozy. Curieusement, son homologue gouvernemental Eric Woerth n’est pas prévu. Difficile de croire que c'est seulement parce que le social n'est pas au cœur de la réunion. Venons-en au fond… Quelles sont les décisions en jeu? Il y a deux grands arbitrages à rendre, comme on dit dans le jargon ministériel. D’abord, la prévision de croissance 2011. C’est important, parce que ça détermine la prévision de rentrées fiscales : plus l’activité tourne, mieux l’impôt rentre. Aujourd’hui, le chiffre officiel est de 2,5%. Sauf énorme surprise, on n’y arrivera pas. Il va donc falloir annoncer un autre chiffre, et il ne sortira pas des ordinateurs : c’est un choix politique, et un choix risqué. Si le gouvernement annonce un chiffre élevé, à plus de 2% il pourra présenter plus facilement un budget affichant un déficit ramené de 8% à 6% du PIB, qui est la promesse faite à Bruxelles et à ses créanciers. Mais il aura du mal à convaincre, d’autant plus que le FMI a déjà dit que ça ne serait pas sérieux de maintenir un chiffre aussi élevé. Les investisseurs pourraient alors se méfier, ce qui obligerait l’Etat à payer un taux d’intérêt plus élevé sur ses emprunts. Si en revanche le gouvernement annonce un chiffre plus crédible, qui tournerait autour de 1,5%, il aura alors encore plus de mal à boucler son budget. Je prends le pari qu'on tomber entre 1,5 et 2%. Et quel est le deuxième arbitrage à rendre ? Alors là, c’est encore plus dur, parce que ça va faire mal. Quelle que soit la prévision de croissance, il manquera de l’argent pour atteindre les fameux 6% de déficit. Il va donc falloir augmenter les impôts. Pour l’instant, le gouvernement joue avec les mots. Il parle seulement de raboter les niches fiscales. Mais quand on rabote les niches, les réductions d’impôts diminuent et donc l’impôt augmente. Il y en aurait pour 8 à 10 milliards en deux ans. Reste à décider quelles sont les malheureuses niches condamnées au rabot. Celles qui profitent à l’épargne seraient visées, et puis aussi une mesure permettant d’alléger l’ISF en investissant dans des PME. Mais ça aboie de partout, les lobbies défendent leurs niches. Si le rabot ne suffit pas, il va falloir trouver autre chose, et donc faire hurler d’autres contribuables alors que la présidentielle se rapproche. Vous savez, Bruno, ministre, c’est parfois un métier de chien !

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