Jean-Marc Vittori

Premier conseil des ministres aujourd’hui après de petites vacances, un conseil dominé par les dossiers économiques. A quoi va ressembler le paysage ? A une morne plaine, Bruno. L’économie est au fond de la cuvette, la production ne bouge plus, ce qui veut dire, au risque de se répéter, que le revenu des Français s’effrite. A court terme, le gouvernement va devoir faire avec, et agir sur deux fronts à la fois : en France, et sur la scène européenne.Commençons par la France. Que va pouvoir faire le gouvernement ? La question du jour, c’est la baisse d’impôts. Le Conseil Constitutionnel a retoqué la baisse des cotisations salariales de deux milliards et demi d’euros que le gouvernement avait créée pour redonner un peu de pouvoir d’achat aux petits revenus. Le gouvernement va donc annoncer une nouvelle mesure pour redistribuer cet argent aux plus démunis. Mais il s’agit d’un geste politique, qui aura peu d’effets économiques. Les deux vrais chantiers de la rentrée, c’est l’ouverture des professions réglementées, comme les pharmaciens ou les huissiers, et le soutien au logement. Et c’est assez malin pour le gouvernement d’avoir choisi ces terrains, car il peut ici changer les choses. Les professions réglementées, on parle de les ouvrir depuis maintenant soixante ans – on peut considérer qu’elles ont été prévenues. Et il y a de vrais gains de pouvoir d’achat à faire pour les Français. Quant au logement, il est temps de le soutenir après les dégâts de la loi Duflot. Rappelons que le secteur est affaibli, qu’il va amputer la croissance de 0,5% cette année alors qu’il est riche d’emplois sur le territoire.Et sur le versant européen ? Là aussi, deux grands volets. Le premier est défensif. Le gouvernement va devoir expliquer une fois de plus à Bruxelles qu’il ne peut pas réduire le déficit public autant que prévu pour cause de croissance disparue. La pilule va être difficile à faire avaler, en particulier côté allemand. Rien que pour ça, ça valait le coup de changer de ministre des Finances. Le deuxième volet est plus offensif. Il s’agit de stimuler l’investissement à l’échelon européen. Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pourrait être ici un allié précieux.Au total, ça fait une rentrée compliquée Le Premier ministre avait annoncé une rentrée difficile. Voilà au moins une promesse qui sera tenue. Croissance nulle, chômage en hausse, popularité minime, défis colossaux… Je dois avouer que j’ai eu un flash littéraire en y songeant. Dans son roman « La nuit de l’oracle », Paul Auster racontait entre autre la vie d’un éditeur qui finit par se retrouver enfermé dans la chambre forte d’un bunker désaffecté. Et dans la suite du roman, Auster ne revient jamais sur ce personnage. François Hollande et son équipe donnent un peu l’impression de s’être eux aussi enfermés dans une situation inextricable. Sauf que eux devront en sortir. Soit par une politique vigoureuse et courageuse de changements en profondeur. Soit en quittant prématurément le pouvoir, comme l’imagine « Le Figaro » dans son feuilleton estival. Soit encore par l’une de ces ruptures explosives dont la France a le secret.

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