L’édito éco de Jean-Marc Vittori du quotidien « Les échos ». ____La Sécurité Sociale, à nouveau dans le rouge. Mais cette fois, c'est encore pire que d'habitude. Le déficit de la Sécu va battre tous ses records en 2009. Il pourrait dépasser les 20 milliards d'euros. D'après Etienne Lefèbvre, des « Echos », qui a pu se procurer une note de l'ACOSS, la Caisse de la Sécu, on pourrait dépasser les 15 milliards avant fin septembre. Alors vous allez me dire que les milliards c'est abstrait. Eh bien pendant les trois minutes de cet édito, la Sécu aura perdu plus de 100.000 euros. Pourquoi un tel déficit ? Il y a à la fois du classique et de l'inhabituel. Le classique, c'est que le régime général de la Sécu, c'est-à-dire l'assurance maladie, la branche famille et le premier étage des retraites, perd autour de 10 milliards d'euros par an depuis 2006. Comme rien de sérieux n'a été fait pour que ça change, ça n'a pas changé. L'inhabituel, c'est la crise qui met sur le carreau de nombreux salariés. Or en France, la protection sociale est surtout payée par des cotisations prélevées sur les salaires. Moins d'emploi, c'est beaucoup moins d'argent qui rentre dans les caisses. Le déficit de l'Etat aussi explose, mais ce n'est pas la même chose. L'Etat, ça fait des siècles qu'il fait du déficit. Et il a l'impôt à sa disposition. La Sécu, c'est une assurance - on parle d'assurance maladie ou d'assurance chômage. Imaginez que pour assurer votre voiture, vous ayez le choix au même prix entre une compagnie qui gagne de l'argent et une compagnie qui en perd. Vous iriez vous assurer chez celui qui fait du profit, parce que vous vous diriez que si jamais vous avez un accident, il aura plus d'argent pour vous rembourser. Evidemment, pour l'instant, la Sécu est un monopole. Mais ça ne se passe pas comme ça dans la plupart des autres pays - et plus elle sera dans le rouge, moins elle sera légitime. Comment rééquilibrer les comptes ? Dans une crise pareille, c'est encore moins facile que d'habitude, et figurez-vous que ce n'est pas la priorité. Car il faut d'abord savoir ce que vont devenir ces 20 milliards de dettes supplémentaires. Il y a bien une caisse prévue pour accueillir ce trou : la caisse d'amortissement de la dette sociale. Cette Cades porte à elle seule près de 100 milliards d'euros de dette. Et elle est censée rembourser avec ce que lui rapporte un impôt prélevé sur tous les revenus, la CRDS. Mais pour inciter le gouvernement à ne pas charger sans cesse cette pauvre CADES, le Parlement a voté une loi interdisant d'allonger la durée de vie de la Cades en lui donnant davantage de dettes. Qu'est-ce qui va se passer ? Première solution : le gouvernement relève la fameuse CRDS, mais on imagine mal une augmentation d'impôt aujourd'hui. Deuxième solution, avancée par l'ancien Premier ministre Edouard Balladur: on crée une caisse spécial crise où on case tous les déficits exceptionnels. Troisième solution : on intègre la dette sociale dans la dette publique, pour supprimer ces problèmes. Le débat va être très vif dans les prochains mois. Une seule certitude : il faudra rembourser. Et c'est sur nous que ça retombera.

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