Il va y avoir plus de femmes dans les conseils d’administration. Pourquoi ce changement ?Le conseil d’administration, c’est cet endroit mystérieux où une poignée d'individus décident de la stratégie de l’entreprise, et aussi du choix de son PDG. C’est donc un lieu de pouvoir, et comme tous les lieux de pouvoir il est très largement masculin. Depuis des mois, il y avait de l’agitation autour de cette question. A l’Assemblée nationale, le patron des députés UMP Jean-François Copé a déposé avec sa consœur Marie-Jo Zimmermman une proposition de loi pour promouvoir la nomination de femmes. Eh bien le législateur a été pris de vitesse hier par le Medef, dirigée par une femme, Laurence Parisot et l’Afep, une association discrète mais très influente de grands patrons, dirigé par un homme, Maurice Levy. Ils ont publié ensemble une recommandation selon laquelle les conseils d’administration des groupes cotés devraient accueillir au moins 20% de femmes d’ici à trois ans et 40 % dans six ans. Exactement les chiffres retenus par les députés. Cette décision va-t-elle changer quelque chose?Ce n'est qu'une recommandation. Et une recommandation précédente Afep-Medef préconisant de décider la paie du PDG en tenant compte des réactions de l’opinion publique, n'a pas été suivi d'effets monstrueux. Mais celle-ci s'inscrit dans l'air du temps. Il y a un an, il y avait par exemple 65 femmes sur les 584 administrateurs des entreprises du CAC 40, soit 11% du total. C'était le taux le plus faible d'Europe. Avec les nominations de ces derniers mois qui devraient être confirmées en assemblée générale en mai ou juin, cette proportion devrait passer à 16% à l'été. On ne sera donc pas très loin des 20%. Avec plus de femmes, les conseils vont-ils prendre des décisions différentes?C'est bien l'idée. Même si certains biologistes affirment qu'il y a un continuum entre l'homme le plus viril et la femme la plus féminine, j'ai tendance à croire qu'il y a des vraies différences de sensibilité. Une étude très intéressante du cabinet de conseil McKinsey montre d'ailleurs qu'une entreprise est mieux organisée, et plus efficace quand elle compte plus de deux femmes dans les instances dirigeantes. Au-dessous c'est inutile. Quand il y en a une seule , elle se comporte comme les hommes – ou elle est isolée. Quand il y en a deux, elles se neutralisent. Quand il y en a trois, les choses commencent à changer. Or les conseils français comptent en moyenne quatorze administrateurs. Avec un peu plus de 20% de femmes, on sera à trois administratrices. Et donc ça va changer. Qui seront les femmes recrutées pour ce poste très particulier?Au début, les entreprises risquent de se rassurer en prenant des grosses têtes issues des grandes écoles ou des figures connues. Reste à espérer qu'elles élargiront leur choix ensuite. De toute façon, les grands groupes vont devoir trouver des centaines d'administratrices. Et ici, ils auront le même problème que pour les hommes. Si les membres d'un conseil d'administration sont censées représenter les actionnaires, ils sont souvent pressentis par le PDG. Et pourtant, pour être efficaces, ils doivent faire rimer compétence et indépendance, notamment vis-à-vis du patron. D'après ce qu'on sait des conseils d'administration, c'est trop rarement le cas. L'élargissement du champ de recherche de ces oiseaux rares à la population féminine va forcément dans le bon sens.

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