Le Medef a lancé un ultimatum à Manuel Valls, l'enjoignant de retirer d'ici certaines mesures du projet de loi Travail. Sinon, il ne négociera pas sur l'assurance-chômage. Ce coup de gueule est-il logique, est-ce une bonne décision ?

Deux questions ! Oui, il est logique, mais cela ne veut pas dire que c'est une bonne décision. Explications. C'est logique parce que depuis quinze jours, la base patronale, des fédérations professionnelles sont chauffées à blanc, exaspérées, je vous l'assure. Elles disent : çà suffit. On nous avait vendu une réforme qui simplifierait, sécuriserait notre vie, et au final, une fois la copie corrigée, recorrigée et rerecorrigée, pour faire plaisir à des étudiants qui n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise, on a une taxe sur les CDD. Non merci -c'est ce que ces milliers entrepreneurs pensent. Et cette base ajoute : quand la CFDT tape du poing sur la table, elle est entendue, et nous, on nous dit : de quel droit ralez-vous ? Dans cet épisode d'ultimatum, il faut savoir que Pierre Gattaz avance l'épée dans les reins, poussé par ses troupes, qui lui rappellent sa promesse d’un patronat de combat. Lui n'était pas chaud pour un bras de fer. Il n'avait pas le choix. Du coup, le coup de gueule est compréhensible.

Mais, donc, cet ultimatum est-ce une bonne décision ?

Là, on peut penser que non. Pour plusieurs raisons. D'abord, donner l'impression que le Medef et la CGT disent toutes deux non à la loi El Khomri, c'est étrange. D'ici à ce que les deux organisations défilent ensemble de République au Trocadéro, vous imaginez ! Ensuite, dans cette loi, il y a des choses que les entreprises revendiquent depuis longtemps, l'idée de négocier au plus près du terrain, les précisions apportées sur les licenciements dans les toutes petites entreprises quand il y a des difficultés. Enfin, le gouvernement a transformé en gâchis invraisemblable ce chantier de la réforme du droit du travail. Mais il est impossible de ne pas reconnaître que, depuis trois ans, il a corrigé le tir et fait des efforts – contre sa majorité.

Que peut-il se passer ?

Le gouvernement ne reculera pas, mais il s'efforcera sans doute que le Parlement ne durcisse pas encore plus son texte. On verra à la fin si les revolvers seront rangés. Mais qu’l s’agisse du Medef ou de la CGT, la politique du pire et du blocage est rarement la meilleure des politique en démocratie adulte.

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