Chacun sait ce que veut dire un ordinateur en mode dégradé. Pour éviter une rechute le 1er juin, les entreprises doivent inventer de nouvelles façons allégées de travailler. Maintenant, après le 11 mai et pour un ou deux ans.

Ce mot -« dégradé »- a plusieurs sens. Depuis plusieurs semaines, chacun sait que la dégradation de l’économie est considérable. Le choc est brutal. L’activité tourne aux deux tiers de ses capacités, on va vers une récession annuelle de l’ordre de 10%. 

Mais second sens du mot, l’économie va devoir vivre en mode dégradé, allégé, pendant au moins plusieurs mois voire un ou deux ans – comme on dit qu’un ordinateur fonctionne en mode dégradé, c’est-à-dire en ressources minimales pour assurer l’essentiel.   Les incertitudes qui restent fortes sur la maladie, les risques d'une nouvelle circulation étendue du virus et l'absence de traitements miraculeux obligent à une extrême prudence.

C'est acquis, des secteurs ne vont pas rouvrir le 11 mai : les cafés-restaurants, le tourisme, les activités culturelles et sans doute d’autres. 

Le reste de l’économie devra repartir de façon différente de l’avant-confinement, il devra inventer de nouvelles façons de travailler. 

-D’abord, les entreprises qui fonctionnent en ce moment avec du télétravail vont continuer à le faire après le 11 mai, probablement jusqu’à l’été : elles le disent en ce moment à leurs salariés. 

-Ensuite, là où le télétravail n’est pas possible, c’est la majorité des activités, il va falloir partout des masques, du gel, des gants. Il faut, il va falloir surtout innover : ces jours-ci, des usines redémarrent avec des distances entre les machines sur les chaînes de montage (quand c’est possible). Sur les chantiers, il faut des équipes qui ne se croisent pas. Dans les bureaux, il faudra des salariés espacés dans les open spaces. Les déplacements de plusieurs personnes à la fois vont être limités ou interdits. Dans les magasins, il faudra des règles d’entrée. Et les magasins, justement : tous les commerces rouvriront-ils ? Les constructeurs automobiles espèrent que les concessions rouvriront. Les cinémas eux-aussi rouvrir, le pourront-ils avec un fauteuil sur deux ? Ce serait bien. 

Car une économie en mode dégradé et sécurisé est préférable à pas d’économie du tout. C’est la responsabilité des directions et des syndicats de trouver des accords.

Ce n’est pas toujours facile parce que chacun peut avoir peur pour sa santé. Le nombre de Français ayant été hospitalisés ou encore hospitalisés ce matin pour Covid 19 a atteint la barre des 80.000 – en six semaines seulement. C’est énorme, et cela aurait été bien davantage sans le confinement brutal. 

Tout l’enjeu est de trouver un nouvel équilibre liberté-activité- sécurité qui permette que cette courbe des hospitalisations ne reparte pas brutalement à la hausse le 1er juin, trois semaines après le 11 mai – cette date, le 1er juin, est la hantise des soignants.

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