Le discours prononcé par Dominique Strauss-Kahn hier à Pékin.

Oui, c’était hier matin pour nous, à Pékin, il était invité par un géant chinois de l’Internet. C’était sa première intervention sur l’économie depuis sept mois. Bien sûr, en l’évoquant, on s’expose aux reproches de ceux qui jugent scandaleux de reparler d’un DSK au comportement inqualifiable. Cela n’empêche pas d’entendre l’économiste, quatre ans patron du FMI, dont le discours a été, disons-le, de haute volée et très libre. Il a suscité de l’intérêt : sur le site des Echos, il a eu plus de 60.000 lecteurs en moins de trois heures, un excellent score.

Alors, que dit-il sur l’économie ?

On a parlé de sa volée de bois vert sur la crise de l’euro – on y reviendra – mais DSK décrypte les évolutions économiques d’une façon originale. Pendant la quasi-totalité de l’histoire de l’humanité, dit-il, la puissance économique a été liée à la quantité des forces de travail disponibles, en gros à la taille d’un pays et à sa population. Mais il y a eu exception pendant les XIX et XXème siècles : quelques pays d’Occident ont dominé le monde grâce aux innovations, techniques et militaires, qu’ils ont su garder pour eux. Selon lui, cette période se referme parce que personne, nulle part, ne peut plus garder secrètes l’innovation, avec l’éducation, Internet, la mobilité des personnes, et l’espionnage. La taille redevient déterminante.

Cela veut dire que la Chine et l’Inde seront à coup sûr les « patrons » du monde ?

La question se pose parce qu’on peut aussi imaginer que DSK a voulu plaire à ses hôtes et se venger psychanalytiquement d’un Occident qui le rejette ! Non, parce qu’il a ajouté à sa thèse une condition dans une Chine ultra-autoritaire : l’innovation suppose de la liberté. Cela étant, DSK n’en est pas moins sûr que ce basculement aura lieu. Cette thèse braudelienne – de Fernand Braudel, la clé de l’immédiat, c’est l’histoire longue – méritait, je crois, d’être évoquée.

Et puis, donc, il y a le discours sur l’Europe…

Pour résumer, la zone euro est à quelques semaines du naufrage - risque souvent évoqué à ce micro. DSK explique que les dirigeants européens sont toujours dans le déni de la réalité. Tout le monde y passe. Les gouvernements, qui refusent que les contribuables des pays riches effacent les dettes des pays en difficulté, pays que l’austérité fait plonger ; La Banque centrale européenne, qui se trompe de combat. L’Europe en général, qui n’avance pas assez vers l’union budgétaire, institutionnelle et des politiques de compétitivité.

DSK est-il crédible sur ce terrain ?

Le problème c'est qu'il n'est pas tout à fait audible. D’abord parce qu’il a donné sa caution au début aux politiques d’austérité ; ensuite parce que l’autorité du commentateur est, hélas pour lui, plus faible que celle de l’acteur – situation que connaissent bien les journalistes. Grandeur et déchéance : sauf erreur, aucun site anglo-saxon n’a repris son discours.

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