François Hollande a dîné mardi soir avec les plus grands patrons français. Les journalistes n'étaient pas invités, mais on a envie de vous poser la question : comment cela s'est passé?

Question simple, réponse simple : cela s'est passé ! Ni bien, ni mal. Si on traduisait le sentiment de ceux qui nous ont raconté la soirée, on dirait que c'était même compassé. Situons le contexte. Les entreprises, le président, il en voit, il en reçoit. Mais c'était une première : il est allé à l'Afep rue La Boétie, à 500 mètres de l'Elysée, pour rencontrer soixante-dix chefs d'entreprise. Ni Chirac, ni Sarkozy ne l'avaient fait. Ces chefs d’entreprises emploient à eux tous cinq millions de salariés. Précision : l'Afep, a été créé en 1982 pour résister à François Mitterrand. Entre parenthèses, mesurez le chemin parcouru : aujourd'hui, l'Afep est présidée par Pierre Pringuet, patron de Pernod Ricard, qui a travaillé avec Michel Rocard.

C'est donc un geste fort de François Hollande, non ?

Oui, fort, pour montrer qu'il est à l'écoute. Sauf que les patrons ont été déçus d'entendre un discours très politique, prudent. En introduction, le président a redit que l'Europe avait changé d'orientation grâce à lui, qu'il assume le pacte de compétitivité, mais aussi les hausses d'impôt, et il a confirmé que la taxe à 75% sur les très hauts revenus ne vivrait que deux ans. Au total, une heure cinquante courtoise, on était entre gens bien élevés. Mais certains patrons auraient voulu que cela soit plus vif, moins formel. Cela étant, c'est de leur faute. Ils sont allés en fin de la soirée féliciter ceux qui avaient osé poser des questions - comme les timides le font dans une classe parce qu'ils ne veulent pas se mouiller ou ont la trouille !

Mais sur le fond ?

Sur le fond, il y a encore un fossé entre le pouvoir et ceux qui dirigent les fleurons de notre économie. Et cela est inquiétant. La défiance est grande des deux côtés, à un point que l'on a rarement vu dans les grands pays occidentaux. D'un côté, le pacte de compétitivité ; de l'autre, les épisodes Florange, PSA, Sanofi, Depardieu, le dénigrement : ils ont le sentiment que la ligne reste floue.

Où se situe la ligne de fracture ?

François Hollande pense que la crise s'inscrit dans un cycle classique de conjoncture. La croissance repartira fin 2013-2014. Et il fait ce qu'il faut, c’est vrai, pour que la France prenne à ce moment le vent : rassurer les marchés sur les déficits ; baisser les charges ; ne pas casser la consommation. Les patrons, eux, voient autre chose. Que le monde bascule, que des nouveaux pays-continents montrent tous les jours leur fringale de croissance, qu'il y a une course mondiale aux talents et une mobilité énorme des cerveaux. Que l'Allemagne, la Suède, les Etats-Unis bougent tandis que la France a le même parc nucléaire, le même Etat, la même sécurité sociale et le même TGV qu'il y a trente ans. Attention, ils étaient tout aussi sévères avec Nicolas Sarkozy. Bref, deux points de vue radicalement différents.

Qui a raison ?

On aimerait que François Hollande ait raison. Mais on n’en est pas sûr. En revanche, on est sûr qu’un divorce entre le pouvoir et les élites économiques est contre-productif.

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