Cela fait un mois que Carlos Ghosn est en prison. Un juge japonais, à la surprise générale, a proposé de le remettre en liberté ce matin. Le parquet a fait appel, la décision finale sera connue vendredi. Quoi qu'il en soit, Renault ne peut pas continuer à laisser la parole au seul camp Nissan.

Carlos Ghosn sortira-t-il bientôt de prison ?
Carlos Ghosn sortira-t-il bientôt de prison ? © AFP / Toshifumi KITAMURA

Cela fait un mois que Carlos Ghosn est en prison. Et un petit coup de théâtre est intervenu ce jeudi.  

C’est le 19 novembre qu’il a été cueilli (c’est le mot) à la descente de son jet à Tokyo par la justice japonaise sur dénonciation de Nissan. Depuis, il est en prison dans les conditions que l’on sait, mais l’information qui vient de tomber est effectivement qu’un juge s’est déclaré prêt à le libérer sous caution. Il y des recours et attention ce n’est pas fait du tout. 

Cela changerait-il la donne ? Pas sûr. Ce qui est sûr en revanche, c'est que jusqu’à maintenant c’est Nissan, l’accusation, qui a la main. Depuis des semaines, le parquet et le constructeur japonais font fuiter en permanence des informations pour appuyer la culpabilité de Ghosn. Il y en a tous les jours dans la presse mondiale, le sujet passionne, et Les Echos y consacrent par exemple encore trois pages ce matin, avec des révélations. Depuis 2010, des hauts cadres de Renault connaissaient le désir de leur patron de dissimuler ses revenus, des mails en témoignent. A Paris même, Nissan a engagé un conseil en communication. Un jour, ce sont les villas payées par le constructeur japonais, un autre les dons à des universités à Beyrouth, un troisième autre chose. 

Bref c’est un tir continu. 

Carlos Ghosn est-il coupable ? Il est présumé innocent. Mais il semble clair qu’il a utilisé Nissan pour financer des dépenses qu’il aurait dû financer sur ses propres deniers. Ce qui est manifeste aussi est que les relations entre le constructeur japonais et Renault, qui est son actionnaire, sont très tendues. Thierry Bolloré, l’actuel patron français, et Hiroto Saikawa, qui dirige Nissan, se sont vus en tête à tête en début de semaine à Amsterdam. Mais l’ambition de la partie japonaise d’alléger la tutelle tricolore ne fait guère de doute.   

Quid de la suite des événements ? On saura dans les heures qui viennent si Carlos Ghosn est libéré. Mais même innocenté un jour, hypothèse improbable, il ne pourra plus diriger le groupe, le passif est trop lourd. Cela veut dire qu’une autre direction va à un moment ou un autre arriver, on parle de Jean-Dominique Sénard, le dirigeant de Michelin comme président non exécutif. Le nom de Didier Leroy, le numéro deux de Toyota, est également cité. 

Il y a en tous cas une priorité pour le camp français, et notamment de la direction de Renault : elle doit sortir de l'étrange silence qu'elle a choisie depuis des semaines, pour s'affirmer, pour exister, pour faire connaître son point de vue. C’est la prochaine étape et elle est urgente.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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