Il ne faut pas s'y tromper : la priorité d'Emmanuel Macron et Edouard Philippe hier était d'obtenir une trêve dans la grève des transports. L'Unsa a mordu à l'hameçon. Pour le reste, les points de vue avec la CFDT ne se sont pas rapprochés sur l'âge-pivot - ou à peine.

"La priorité n° 1 de l’exécutif est en fait la trêve dans les transports" analyse Dominique Seux
"La priorité n° 1 de l’exécutif est en fait la trêve dans les transports" analyse Dominique Seux © AFP / Bertrand Guay

Du grain à moudre, il y en a depuis hier soir, mais pour être franc on ne sait pas qui, du gouvernement ou des syndicats, a le plus la meule en mains ! Concrètement, de vraies concessions sont faites aux réformistes(certaines nouvelles comme l'engagement de remonter le minimum de retraite au-delà de 85% du Smic, d'autres moins nouvelles), mais sur ce qui est désormais le cœur du sujet : l’âge pivot de 64 ans, Edouard Philippe plie (un peu) mais ne rompt pas

Deux éléments de coulisse sont parlants. Au cours de l’entretien qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont eu hier, le premier aurait incité le second à la souplesse - cela n’allait donc pas de soi. 

Par ailleurs, les patrons de la SNCF et de la RATP ont été vus à Matignon et mercredi soir tard et hier soir, ce qui montre combien la priorité n° 1 de l’exécutif est en fait la trêve dans les transports, avec des modalités aux petits oignons pour les régimes spéciaux. Car il est clair que les Français en ont ras-le-bol des blocages. Les sondages sont contradictoires sur le soutien au mouvement et à la réforme, mais ils sont clairs sur la période de Noël. 

Au-delà, la tactique du pouvoir est limpide : envoyer des signaux aux réformistes pour isoler CGT et FO, embarquer l’Unsa grâce à des gages dans le secteur public et l’éducation, et entrouvrir une porte pour la CFDT, tout en lui faisant comprendre que la réforme se fera avec elle ou sans elle. 

Et surtout, si elle se poursuit, les jours de grève vont finir par coûter cher aux grévistes. 

Reste la question de l’âge-pivot. C’est un débat loin d’être indigne, au-delà de la question tactique est-il ou pas trop lourd pour la barque de la grande réforme. 

Edouard Philippe y tient pour :

  • Équilibrer financièrement le système
  • Pour ramener de 67 à 64 ans l’âge auquel on récupère tous ses droits sans décote

C’est important et pas assez vu : un Français sur quatre travaille aujourd’hui après 64 ans parce qu’il n’a pas tous ses trimestres

Quant à eux, les opposants à l’âge-pivot, sur le fond, disent que ceux qui commencent à travailler à 20 ans devront travailler 44 ans et qu’à 64 ans c’est le moment où les problèmes de santé arrivent. 

Alors ? Tout l’enjeu est de faire en sorte que les critères d’âge ne soient pas aveugles. Après tout, c’est ce qui a été fait en 2003 avec les carrières longues. 

Au total, il y a donc un chemin si chacun fait tourner la meule ! 

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