Par Jean-Marc Vittori.

On parle de la crise financière mais cette fois-ci, avec une une facette méconnue : la banque franco-belge Dexia, qui a été démantelée à la fin de l'année dernière. Alors pourquoi en parler aujourd'hui ?

C'est vrai que j'aurais pu vous parler de la Grèce, mais on va attendre de savoir si le conseil des ministres européens va ratifier son plan de sauvetage dans les prochaines heures. Pourquoi Dexia? Eh bien parce qu'on sait désormais combien la banque a perdu l'an dernier : près de 12 milliards d'euros, selon ma consœur des Echos Ninon Renaud -

le chiffre officiel sera annoncé jeudi. Il va donc falloir que l'Etat remette une nouvelle fois au pot. On ne connait pas encore la facture. Mais il a déjà fallu recapitaliser la banque de 6 milliards d'euros pour l'année 2008, il y a donc les pertes énormes de l'an dernier et puis la banque porte encore 250 milliards d'euros d'actifs risqués. Au final, il est quasiment sûr que l'addition pour les contribuables dépassera celle du Crédit Lyonnais. Autrement dit, Dexia est la plus grande faillite financière jamais connue en France. La vraie info, c'est ça.

Mais Dexia est une banque franco-belge...

Vous avez raison. Et c'est même l'une des explications de cette catastrophe. Comme Dexia était à la fois française et belge, elle n'était vraiment bien surveillée ni par Paris ni par Bruxelles. Sa mauvaise gestion n'a donc pas été détectée. Et c'est là un paradoxe récurrent. La finance est censée être mondiale et ignorer les frontières. Et pourtant, certains de ses plus gros problèmes se trouvent justement dans le vide juridique ou réglementaire entre les frontières. C'est évident dans toutes les grandes fraudes. Jérôme Kerviel jouait pour une banque française sur un indice boursier allemand, la banque anglaise Barings a été coulée en 1995 par un trader basé à Singapour qui spéculait sur la bourse de Tokyo et Madoff avait réussi à vendre ses produits à aucune banque américaine,mais à plusieurs banques européennes, notamment françaises.

A-t-on au moins tiré les leçons de la faillite de Dexia, pour éviter qu'elle puisse se reproduire ?

Oui et non. Les nouvelles règles de prudence financière créées depuis la crise de 2008 auraient empêché Dexia de se mettre dans une situation où elle devait emprunter certains jours 100 milliards d'euros pour équilibrer ses comptes - oui, vous avez bien entendu, 100 milliards d'euros. Ces règles sont peut-être trop strictes comme s'en plaignent d'autres banquiers, mais elles ont leur utilité. Ceci dit, on ne sait toujours pas comment quelques hommes ont pu transformer la bonne vieille banque des collectivités locales en un énorme fonds spéculatifs. A l'inverse du Crédit lyonnais, il n'y a pas eu de travail en profondeur pour déterminer les fautes des dirigeants de Dexia et des régulateurs qui étaient censés les surveiller. Encore pire : certains responsables des plus grosses erreurs de Dexia se sont recasés dans d'autres banques françaises. Ce n'est pas vraiment rassurant.

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