Au-delà de ce rendez-vous bouleversé par les événements dramatiques d’Ukraine, on pourrait évoquer l’image de ces deux gouvernements, allemand et français, unis quelques heures. C’était impressionnant et - osons le mot - émouvant. On pourrait aussi disserter, cette fois tristement, sur le peu de résultats concrets du couple franco-allemand ces temps-ci. Mais voilà, ce qui a retenu l’attention, c’est autre chose : la liberté de ton, intéressante mais troublante aussi, des Allemands quand ils parlent de la France. Ce sont des propos de l’ambassadrice de Berlin à Paris, Susanne Wasum-Rainer, qui ont fait penser à cela. Hier, elle était dans ce studio à 7 h 50, et elle a donné une interview au Parisien. Qu’y dit-elle ? Je cite : La France a des difficultés à s’adapter à ce monde en plein changement. L’Etat providence français est parmi les premiers au monde, mais il faut se demander si nous sommes en mesure de payer ce système. Et sur le Pacte de responsabilité : la France est sur la bonne voie. Cash ! Quelle analyse en faire ? Il y a trois lectures possibles. Il y a celle de la liberté de parole, à saluer et à apprécier ; il y a celle de l’arrogance, qui serait à dénoncer ; et il y a celle d’une vraie inquiétude – d’un vrai désarroi – de nos voisins sur ce que nous sommes. Alors, comment choisir ? Ce qui est sûr est que l’ambassadrice a une forte personnalité et que la langue de bois régresse partout, y compris dans les milieux diplomatiques. On se dit les choses en Europe, parce qu'on vit ensemble et que nos destins sont liés. Et tant mieux ! D’ailleurs, je peux vous dire que ni le Quai d’Orsay ni Matignon n’ont été choqués par ces propos.L’autre hypothèse serait celle – disiez-vous – de l’arrogance... Du bon élève qui donnerait des leçons à ceux du fond de la classe. Est-ce le cas ? Pour être franc, on va imputer à de la maladresse de langage le « nous n’avons pas les moyens de payer l’Etat providence français ». Elle voulait dire : personne ne peut longtemps voyager en 1ère classe avec un billet de seconde. Et c’est vrai ! Mais c’est vrai aussi que la frontière entre analyse et arrogance est ténue et que les Allemands doivent faire attention - on le dit amicalement et avec admiration pour leurs réussites - à la susceptibilité légitime des Français. Après tout, il y a dix ans, nous étions le bon élève, eux l’homme malade de l’Europe.Et donc reste la troisième lecture ... La France inquiète et n’est pas prise au sérieux. De fait, on ne compte plus les déclarations de dirigeants partout qui se demandent ce qu’on fait. Fin décembre, un ex-ambassadeur de Pékin à Paris déplorait dans « Le Figaro » (je le cite) le déclin indéniable de la France et ironisait sur notre manque d’intelligence dans la bataille de la mondialisation ! Stupéfiant, insultant mais là encore direct ! Mais après tout, savez-vous quelle rumeur court les capitales ? Que le Pacte de responsabilité n’a qu’un but : obtenir de Bruxelles de reporter encore la réduction des déficits. Faut-il, à tous, leur en vouloir ? Sans doute. Mais après tout, un sénateur PS lui-même a écrit que le but était d’enfumer Bruxelles.

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