Paris et Berlin, en panne depuis des mois, ont annoncé mardi deux initiatives concrètes sur la concurrence et les batteries. Mais il reste beaucoup de chemin faire, et d'abord convaincre, dan le second cas, que la partie est jouable.

German Economy Minister Peter Altmaier (R) and his French counterpart Bruno Le Maire give a press conference on February 19, 2019 in Berlin, following talks on EU industrial policy.
German Economy Minister Peter Altmaier (R) and his French counterpart Bruno Le Maire give a press conference on February 19, 2019 in Berlin, following talks on EU industrial policy. © AFP / John MACDOUGALL / AFP

C’est peu dire qu’actuellement, le franco-allemand déçoit : zone euro, Défense, concertation sur l’immigration ou l’énergie, c’est poussif, notamment parce que dans un pays qui va globalement bien, la chancelière Merkel ne voit pas (à tort) l’intérêt de prendre de bouger. Mais hier, Bruno Le Maire et Peter Altmaier, les deux ministres de l’économie, ont avancé à Berlin, à l'initiative de Paris, comme le souligne le Financial Times

On peut comme toujours jouer les sceptiques mais enfin, il y a -oui- des inflexions. 

La 1ère est que Paris et Berlin défendent ensemble l’idée de modifier les règles de la concurrence en Europe (qui datent de 1994), pour qu’elles ne bloquent plus des fusions comme Alstom-Siemens dans le ferroviaire. Face à Pékin et Washington qui aident leurs champions, il faut dire stop. Si l’idée aboutit, les politiques auraient un droit de veto. C’est un tournant majeur et le débat fait rage en Allemagne : l’idée d’une politique industrielle y hérisse les libéraux, et son industrie se passe bien de l’Etat. 

La seconde avancée est concrète, il s’agit des batteries des voitures électriques, on en a déjà parlé. Paris et Berlin vont mettre 1,7 milliard d’euros d’argent public sur la table pour la recherche et deux usines d’ici 2022, une en France une en Allemagne. Le but : inventer une alternative aux batteries chinoises, coréennes et japonaises. Mais il faut convaincre des constructeurs et énergéticiens de mettre au pot pour un projet évalué à 5-6 milliards d’euros. Siemens et BMW (déjà partenaire d’un chinois) réfléchissent, Bosch a dit non, l’implication de Total et de la filière automobile serait logique en France. 

Est-ce que cela peut marcher ?

Les spécialistes diront si c’est déjà trop tard ou pas pour créer un Airbus de la batterie. En privé, les industriels y compris français se montrent assez sceptiques. Mais l’intéressant est que l’Allemagne s’inquiète elle aussi de la vitesse à laquelle les Chinois progressent en technologie, le pays a été traumatisé par l’offensive contre son fabriquant de robots Kuka. La présence de Huawei dans la 5G créé aussi des doutes. 

Croyez-vous au hasard ? Au moment même (à la minute près, en fait) où Bruno Le Maire mouillait sa chemise avec Peter Altmaier, un grand média chinois diffusait un tweet en anglais rappelant aux Allemands que c’est avec la Chine que Berlin a le plus d’échanges et d’intérêts commerciaux. A bon entendeur... Une coïncidence ? Je ne crois pas (!).

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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