L'édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ___ Est-ce que l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche représente une rupture aussi forte sur le plan économique que sur le plan symbolique ? Si on laisse de côté l’émotion du moment historique, c’est une question dont on n’a pas encore la réponse, sauf si on appelle réponse une conviction : la rupture DOIT être forte, et rapide, parce qu’il n’y a pas le choix. Beaucoup de choses vont se jouer non pas dans les 100 premiers jours, mais disons, les trente premiers. Alors, quelles ruptures ? La première rupture est évidemment dans l’héritage que Barack Obama reçoit. Les économistes estiment que la situation n’a jamais été aussi grave depuis 1932. Cela enjambe une guerre mondiale, la guerre du Vietnam et deux chocs pétroliers. Pourquoi ? Parce que la particularité, c’est que les deux jambes de l’Amérique sont malades, Wall Street, la finance, et Main Street, l’économie réelle. Il faut se rendre compte que dans la mentalité américaine, l’envol du nombre de chômeurs, les saisies immobilières et la quasi-mort des constructeurs automobiles sont des choses jugées stupéfiantes. Donc, première rupture : l’ampleur des défis. La deuxième rupture concerne ce que les Américains sont prêts à accepter pour retourner la situation. En fait, ils sont prêts à presque toutes les transgressions par rapport à leurs dogmes habituels. Sur le sauvetage de leurs banques, nationalisées de facto, on le voit avec la mobilisation des fonds publics, avec le projet d’Obama sur l’indemnisation du chômage et la santé. On le voit sur l’environnement. Dans beaucoup de domaines, le changement de cap est brutal. Mais Obama pourra-t-il mettre en œuvre ces ruptures ? La question se pose en fait autrement. Obama ne pourra pas tout faire, il a droit à l’erreur, mais pas à l’échec. Malgré les centaines de milliards injectés depuis un an, rien n’a marché. Cela veut dire que c’est la croyance dans le succès du plan Obama qui inversera la tendance plus que les mesures elles-mêmes. Il faut savoir que les débats ont déjà commencé sur son plan de relance de 825 milliards de dollars. Le prix Nobel d’économie, Paul Krugman, Démocrate, le trouve insuffisant. Tout l’enjeu, pour Obama, est de cultiver suffisamment d’Obamania pour que les Américains croient à son plan, mais pas trop pour qu’ils ne croient pas à un miracle. La courbe du chômage ne peut pas s’inverser tout de suite. Tout ça veut dire qu’on va assister, pour la première fois avec cette ampleur, à une bataille économique entre le président et la récession, sous les yeux du monde entier. Avec des victoires et des défaites. Cette bataille, dernier point, nous en serons des spectateurs très particuliers. Car le paradoxe est que l’Europe sera dans une situation plus difficile que les Etats-Unis cette année, avec une récession de quasiment 2%. Pour paraphraser une célèbre expression sur le dollar, c’est leur crise, mais c’est surtout notre problème, en Europe. Et ça, c’est rageant.

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