**Depuis 48 heures, les lignes bougent sur les retraites.Oui, et c’est une bonne nouvelle. Les lignes bougent sur deux fronts. Sur le front politique, Martine Aubry a relancé le sujet en prenant tout le monde de vitesse. La première secrétaire du PS est prête à faire sauter le tabou du départ à 60 ans, qui date de … 1981. “ On doit aller vers les 61,62 ans ”, a-t-elle dit. On peut ironiser sur cette conversion tardive, mais elle est là. C’est politiquement malin : Martine Aubry met sur la table du concret avant même Nicolas Sarkozy, elle se pose en responsable politique crédible, elle s’invite dans le face-à-face gouvernement- syndicats, enfin elle prend position sur ce qui sera probablement la dernière grande réforme du quinquennat. Bref, la Merkel de gauche – comme on lit dans les gazettes - a bien joué. Voilà la première ligne qui bouge. Et la seconde ?On la doit à la CFDT. Le syndicat de François Chérèque s’est déclaré favorable à un rapprochement des conditions de départ entre secteur privé et public. Vous savez qu’on calcule la pension avec la moyenne des 25 meilleures années dans le privé, et la moyenne des six derniers mois dans le public. Ce n’est pas la même chose… Attention, les autres syndicats ne sont pas sur la même ligne, mais la CFDT s’inscrit dans sa tradition réformiste – peut-être en a-t-elle aussi assez que l’on parle toujours de la bonne entente entre l’Elysée et une CGT qui va être très dure ! Pourquoi ces évolutions soudaines ?L’arrière plan économique change lui aussi vite et mettre la tête dans le sable devient impossible. En 2009, l’espérance de vie a encore progressé de deux mois. Depuis 1981, celle des femmes a gagné 5 ans, celle des hommes 7 ans et demi. Au passage, rappelons que c’est une bonne nouvelle et non pas seulement une catastrophe financière mais c’est vrai que le rapport entre actifs et inactifs évolue vite. Le résultat, c’est que les déficits des régimes de retraite, globalement, atteignent dès cette année le niveau prévu pour 2020, soit 25 milliards d’euros. Avec dix ans d’avance. Le débat est donc vraiment lancé ?Disons plutôt qu’il est débloqué. Parce que tout commence, évidemment. La réforme des retraites, ce sont des dizaines de paramètres, la durée et le niveau de cotisation, le niveau des pensions, la pénibilité de certains métiers etc. etc. Deux exemples de cette complexité : le prétendu verrou de l’âge légal des 60 ans fait sourire puisque l’âge moyen de départ est de 61 ans ! Ce qui veut dire qu’avec 61 ou 62 ans, on ne règle hélas pas grand chose. Autre question : qui exerce le métier le plus pénible, un ouvrier du bâtiment ou un policier qui reste avantagé ? Vaste débat comme aurait dit le général De Gaulle… Quelles sont les conditions pour que cette réforme réussisse ?Un : que l’on soit certain à la fin que cette troisième réforme en six ans est allée au fond des choses et n’a pas coûté plus cher qu’elle ne rapporte, la réforme des régimes spéciaux a laissé un arrière goût douteux. Deux : qu’elle aille suffisamment au fond des choses pour que dans cinq ans, il ne faille pas recommencer en constatant que, oui, les lignes ont bougé mais pas encore assez. Parce qu’il y a d’autres sujets qui seront bien plus cruciaux pour l’avenir.**

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