Vous revenez sur le bilan de la démographie française 2015. Y a-t-il une lecture économique ?

Oui. Il y a trois angles de vue économique sur ce bilan de l’Insee, sur la natalité, la mortalité, l’espérance de vie, etc. Le premier est de voir que l’évolution de la population a un effet majeur sur la croissance. Un nombre de Français qui augmente (+deux millions depuis 2010 quand même), ce sont davantage de consommateurs, de travailleurs, de crèches, d’électricité, etc. Car le taux de croissance global dont on parle tous les jours ne dit rien de la situation du Français en moyenne. Ce qui a du sens, c’est le produit intérieur brut par habitant. Si le PIB d’un pays pauvre augmente fortement, mais que sa population augmente autant, chaque individu ne vit pas mieux. On sait aussi que la croissance américaine s’explique en partie par le dynamisme démographique et migratoire. Et la France ? Le PIB par habitant est aujourd’hui toujours inférieur à ce qu’il était avant la crise de 2008. Notre croissance est donc doublement faible : en valeur absolue, et par "tête de pipe".

Deuxième point : la natalité.

L’information a frappé autant que l’augmentation du nombre de décès : les naissances ont reculé l’an dernier. Explication ? Le nombre de femmes en âge de procréer a diminué, un phénomène de génération. Mais cette explication ne suffit pas. Car la fécondité s'est "effritée" à 1,96 enfant par femme, au plus bas depuis dix ans. On en arrive au lien avec l’économie, même si on "marche sur des œufs", parce qu’il est tôt pour tirer des conclusions solides. Y-a-t-il eu un "effet attentats et/ou déprime post-crise" qui a ralenti les naissances ? Si c’était le cas, il faudrait réviser un vieux paradoxe: les Français ont le blues mais font des enfants.

Troisième question : l’espérance de vie.

Elle a reculé pour la première fois depuis 1969. À cause de la pollution et des pesticides se sont empressés de dire les Verts. Plus modestement l’Insee y voit des effets grippe, canicule et froid exceptionnels. Malgré tout on vit, femmes et hommes entre un et deux ans de plus qu’il y a seulement dix ans. Pas mal ! Si l’effet est majeur sur les comptes sociaux (maladie et retraite), c'est l'occasion de saluer le formidable travail de notre système de santé.

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