Le président reçoit chefs d'entreprise étrangers pour les inciter à investir en France. Le gain électoral de ce genre d'opération étant nul (ou négatif), la seule grille de lecture est que c'est l'intérêt général qui guide cette initiative. Astonishing ?

La "Cour de Marbre" du château de Versailles lors de la deuxième édition du sommet "Choisir la France", le 21 janvier 2019
La "Cour de Marbre" du château de Versailles lors de la deuxième édition du sommet "Choisir la France", le 21 janvier 2019 © AFP / Geoffroy Van Der Hasselt

Emmanuel Macron va accueillir à Versailles des investisseurs étrangers, pour la 3ème fois : environ 150 à 200 chefs d’entreprise de tous les continents, de Netflix à Coca-Cola, de Google à Fedex, de Unilever à Hyundai. Il s’agit de les inciter à ouvrir des usines en France, à agrandir celles qu’ils ont déjà, à créer des emplois. 

Il est assez vain d’essayer de comptabiliser les milliards qui seront annoncés aujourd’hui, ce serait mélanger des choux et des carottes, mais le laboratoire pharmaceutique Astrazeneca va lancer une nouvelle chaîne de montage à Dunkerque, les chantiers navals de Saint-Nazaire vont faire le plein de commandes, la banque JP Morgan va installer 450 emplois en plein Paris, Google va embaucher encore etc. Bref, Emmanuel Macron mouille sa chemise et ce qui est certain, c’est que sur le plan électoral, cela n’est pas gratifiant. 

On est donc bien obligé d’en conclure, horreur et stupeur pour les éternels complotistes, qu’il le fait pour l’intérêt général. Bon an mal an, la France accueille un millier d’investissements étrangers, mais elle se situe désormais juste derrière l’Allemagne, devant le Royaume-Uni – en raison du Brexit. 

Tout cela, est-ce utile ? 

Bien sûr. Prenons l’exemple d’Astrazeneca : le site dunkerquois est un leader mondial de la production d’aérosols contre l’asthme, l’essentiel est exporté, c’est bon pour la région.
 

Toutefois, on peut ajouter une remarque. Ce sommet de Versailles suscite une plaisanterie grinçante chez les patrons français : pour rencontrer le président, il faut sans doute être étranger. La jalousie est mauvaise conseillère, mais Emmanuel Macron voit peu, étonnement, les milieux d’affaires tricolores, collectivement et individuellement.

Au-delà, cet événement soulève un paradoxe. Le contraste est stupéfiant entre le climat économique vu de l’extérieur de la France, et le climat social et politique vu d’ici. L’an dernier, la croissance a été meilleure que chez nos voisins directs, des centaines de milliers d’emplois ont été créés, du pouvoir d’achat a été distribué comme cela n’avait pas été fait depuis dix ans. Et pourtant le pays se déchire, se violente, s’injurie comme rarement.

La situation économique étant plutôt sur une meilleure pente, il faut en conclure que les conflits sociaux ont, depuis le conflit autour de la loi El Khomri en 2016 (sous la présidence Hollande, pas celle d'Emmanuel Macron), une composante extraordinairement politique et extrémiste qu’il serait naïf de nier.

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