L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien "Les Echos". Le prix du tabac augmente ce matin, mais uniquement pour les cigares. Ce n’est que partie remise pour les cigarettes ? Oui, effectivement. Pour l’instant, ce matin, seuls les prix des cigares et cigarillos est relevé d’environ 4%, à l’initiative des industriels. Par exemple, le paquet de vingt Havanitos, distribué par Altadis, passe à 5 euros. Ce relèvement de tarif devrait accélérer la baisse des ventes. Epargnés cette fois-ci, les fumeurs « ordinaires », les fumeurs de cigarettes, ne devraient pas l’être longtemps. Dans la coulisse, il y a déjà des pressions, des discussions, pour que le prix des paquets augmente au 1er janvier prochain. Ce qui n’est pas arrivé depuis août 2007, cela fera presque deux ans et demi. A l’époque, le prix des cigarettes avait été relevé de 6%. Pour l’instant, les arbitrages ne sont pas rendus, c’est trop tôt mais, si je puis dire, c’est dans l’air. le sujet est naturellement politique puisque les prix du tabac ont déjà grimpé de plus de 50% depuis 2002. Pourquoi favoriser une hausse des prix ? C’est la conjonction de deux intérêts. Il y a bien sûr, d’abord, l’Etat qui gagne beaucoup d’argent en taxant la consommation de tabac, près de 10 milliards pour arrondir. C’est beaucoup. La France est un des pays qui a une fiscalité parmi les plus élevés en Europe. Si l’Etat a la main lourde, c’est que c’est pour la bonne cause, la santé publique. Et justement, Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, et les associations anti-tabac veulent aller plus loin parce que la consommation a un peu progressé depuis le début de l’année. Globalement, si on prend du recul, la consommation de tabac a plongé quand il y a eu des hausses massives des prix, entre 1991 et 1997, puis entre 2002 et 2004. Depuis 2005, elle stagne. Aujourd’hui, il y a 30% des Français de 15 à 75 ans qui sont des fumeurs occasionnels, et 24% qui sont fumeurs quotidiens. Or, l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé, c’est 20%. Nous sommes au dessus. Voilà l’explication. D’où viennent les résistances ? Paradoxalement, ce ne sont pas les industriels, qui ont plutôt envie d’augmenter les prix pour augmenter leurs marges. La principale opposition vient des buralistes, qui ont déjà dû encaisser l’interdiction de fumer dans les cafés- restaurants, ce qui leur fait perdre des clients. En fait, le ministre du Budget est coincé : une hausse des taxes l’intéresse, mais si c’est pour être obligé de donner de nouvelles aides aux buralistes, non merci. L’idée serait donc une hausse modérée et lissée dans le temps des prix des cigarettes. L’autre question qui taraude les responsables politiques, c’est l’impopularité de la mesure. Entre les radars pour la sécurité routière et le prix du tabac, beaucoup a été fait en quelques années. Y a-t-il une limite ? A priori non, si les bénéfices en termes de santé publique sont clairs. La France n’est pas la seule à vouloir décourager la cigarette... Non, l’Espagne a augmenté récemment ses prix et depuis hier, la cigarette a disparu des bars et des restaurants en Turquie. Et qui est déjà allé en Turquie sait que les turcs fument beaucoup. Les journaux locaux ont fait leur « Une » là dessus en indiquant que l’expression « fumer comme un turc » allait disparaître. Vous connaissiez l’expression ? (un pompier turc ?)

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