C’est une affaire hors-norme qui se déroule en ce moment en Grande-Bretagne. Une affaire dans laquelle se mêle espionnage, corruption, police, média et politique.

Ce scandale des écoutes téléphoniques peut-il précipiter la chute de l’empire des médias de Rupert Murdoch.

Le groupe mondial fondé par le tycoon américano-australien est au cœur de la tempête qui s’est abattue sur Londres ces quinze derniers jours.

Et c’est bien le procès de Rupert Murdoch et de ses méthodes qui a été instruit hier lors de sa comparution devant un comité parlementaire. Tout au long de son audition, le patron de News Corp. a cherché à convaincre que les faits reprochés à l’un des journaux de son empire - à savoir des pratiques de corruption de policiers et d’espionnage de personnes via le piratage de leur téléphone portable - étaient le fait d’individus isolés. Et pas le fruit d’une méthode institutionnalisée.

Pas sûr qu’il ait convaincu, tant ses tabloïds ont fait du sensationnalisme à tout prix leur fonds de commerce. Du coup, son groupe risque de rester sous pression pendant quelques temps encore...

Mais cette affaire met en jeu bien plus que l’avenir de News Corp.

Qu'est-ce que cela veut dire ?

Au fond, que risque vraiment Rupert Murdoch ? Certes, son groupe a perdu 10% de sa valeur en Bourse. Certes, il a dû se séparer précipitamment de plusieurs de ses lieutenants et son successeur potentiel, son fils James, sort très affaibli par le scandale. Mais le « pirate Murdoch », comme l’a surnommé l’un de ses biographes, en a vu d’autres.

Abandonner les rênes de son groupe ? Rien de dramatique, puisqu’il dispose, avec son vice-président Chase Carey, d’un maire du palais capable de le suppléer s’il devait se retirer de la direction opérationnelle.

Tirer un trait sur la presse britannique comme le réclame l’opposition ? Ce serait un déchirement mais pas une catastrophe, compte tenu de la faible rentabilité de ce pôle. La brutale fermeture de News of the World, le tabloïd aux 2.6 millions d’exemplaires au cœur de l’affaire, en témoigne.

A ce jour, seule une extension de l’affaire sur le sol américain semble de nature à réellement le menacer. Car, aujourd’hui News Corp. est avant tout un groupe américain qui tire 75% de ses profits de la télévision par câble et du cinéma.

Cette affaire a mis aussi en évidence les liens de grande proximité entre le groupe de Rupert Murdoch et le monde politique britannique. Peut-elle se transformer en un scandale politique ?

A mesure que le scandale des écoutes téléphoniques illégales embrase l’Angleterre, on reste en effet confondu devant la naïveté, voire la soumission, de la classe politique britannique face à Rupert Murdoch dans une démocratie pourtant exemplaire.

Dans ces conditions, la position de David Cameron, dont les liens avec plusieurs dirigeants du groupe sont avérés, apparaît fragile. Le Premier ministre britannique ne s’y est pas trompé, il a écourté sa tournée en Afrique pour venir s’expliquer devant la chambre des Communes aujourd’hui.

Car il suffirait que l’on prouve qu’il était informé des pratiques illicites reprochées aux journaux de Murdoch au moment où il recrutait dans les rangs de News of The World son responsable de la communication, pour qu’il soit contraint à la démission.

Nous n’en sommes pas là. Mais à l’heure où le leader conservateur a entrepris d’administrer à la Grande Bretagne une potion de rigueur inédite depuis Margaret Thatcher, l’affaiblissement de son pouvoir ne réjouira que les apprentis sorciers.

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