L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent aujourd’hui avant la pause estivale. L’été 2012 sera-t-il chaud ?

C’est la grande question parce que l’on a pris l’habitude des incendies financiers chauffent les Blackberrys des traders, des banquiers et des ministres sur les plages. Depuis 2007, c’est simple, aucun été n’a été « normal ». Les capitales européennes essaient donc d’installer des pare-feu et c’est le but de l’Euro-groupe prévu aujourd’hui. Car depuis le dernier conseil européen, la situation reste tendue sur les marchés, avec le fossé entre deux Europe. D’un côté, vous avez sept pays qui empruntent de l’argent à taux négatif à court terme parce qu’ils sont des Etats refuges. En clair, les investisseurs sont prêts à perdre de l’argent pour ne prendre aucun risque ; on trouve l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Finlande, le Danemark etc. De l’autre côté, l’Italie et l’Espagne continuent de payer très cher leurs emprunts parce que les capitaux les fuient, notamment les asiatiques et américain. Les marchés ont coupé l’Europe en deux.

Je l’ai bien entendu, la France est du bon côté ?

Absolument. Il y a un an, sa position hésitait entre le Nord et le Sud ; là, elle est arrimée au Nord. C’est au crédit de François Hollande si on se souvient de analyses qui craignaient un 3ème tour financier. Répéter jour après jour que Paris respectera ses engagements de baisse des déficits publics, et en le prouvant avec des hausses d’impôt, rassure. Du coup, la France réalise de grosses économies sur ses emprunts.

Cela dit, je repose ma question : l’été sera-t-il chaud ?

Question précise, réponse précise. Pour éviter qu’il soit chaud et espérer avoir quelques semaines tranquilles, les gouvernements mettent en place trois lignes de défense. Un : le plan d’aide à l’Espagne va être approuvé aujourd’hui, il permettra de sécuriser les banques espagnoles. Concrètement, 30 milliards européens seront disponibles dès la semaine prochaine. Techniquement, il s’agit de séparer au laser les risques souverain et bancaire. Deux : la banque centrale européenne va aider la Grèce à passer l’été et payer ses fonctionnaires. Trois : Paris et Berlin ont demandé à Bruxelles de ne pas prendre de vacances pour avancer sur l’union bancaire. Voilà les trois lignes de pare-feu.

Et où sont les risques ?

Le risque principal est toujours le même : la part d’irrationalité, d’aberration, des marchés, ceux qui financent les Etats. Ils exigent la vertu mais ne la récompense pas toujours. Ainsi, l’italien Mario Monti, qui annonce plan de rigueur sur plan de rigueur, subit des taux d’intérêt plus élevés que Berlusconi qui ne faisait rien. Politiquement, cela devient compliqué pour Monti. Et autre risque, les volumes échangés sur les marchés en été sont faibles, et du coup toute vaguelette peut prendre des allures de tsunami.

Qu’est ce qui peut l’emporter ? Et à la rentrée, quelle priorité ?

Au total, beaucoup de départs de feu sont possibles, mais l’été est déjà avancé et la nouveauté est que le feu concerne les taux d’intérêt et non plus les Bourses (les actions), auxquelles le grand public est plus sensible. Pour la rentrée ? La Grèce, toujours la Grèce. Tous ceux qui travaillent sur le sujet savent qu’il faudra effacer des dettes, et que cette fois ce sont les contribuables Européens qui paieront, pas les banques.

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