Le chomage est au plus haut en France. Faut-il continuer a créer des emplois aidés pour le faire baisser ?

C'est vrai que nous aimons bien en France ces contrats qui permettent de donner temporairement un emploi aux chômeurs. Cette année, plus d’un demi-million d’hommes et de femmes vont rentrer dans ce type de postes, et le gouvernement a annoncé le mois dernier qu’il voulait en créer 100.000 de plus pour inverser enfin la satanée courbe du chômage.

Or une étude publiée dans la revue Economie et statistique, rédigée par une économiste du ministère du Travail, Isabelle Benoteau, montre que ces contrats subventionnés par l’Etat n’aident pas vraiment l’entrée sur le marché du travail. Ca marche bien dans le privé. Un jeune qui a bénéficié d’un contrat aidé a moitié plus de chances qu’un autre d’avoir un emploi classique deux ans et demi plus tard, et même deux fois plus de chances d’avoir un CDI. En revanche, ça ne va pas du tout dans le public et plus largement dans le secteur non marchand. Figurez-vous que si un jeune est passé par la case « emploi aidé », il a plus de risques d’être ensuite au chômage !

Comment s’explique cette différence entre le public et le privé ?

Les entreprises embauchent des gens proches du travail, des gens qu’elles auraient peut-être recrutés même sans subvention – les experts parlent d’un effet d’aubaine.

Les établissements publics, les associations, les collectivités locales, ne sont pas du tout dans la même logique. Ils vont souvent chercher des chômeurs très éloignés du marché du travail. Et ils créent pour eux des emplois parfois pas très utiles, ou pas très encadrés. Les jeunes n’apprennent alors pas grand-chose.

Au lieu d’être un atout, l’emploi aidé devient une étiquette infâmante collant au dos du malheureux qui croyait avoir bénéficié d’un coup de pouce.

Dans ces conditions, pourquoi les gouvernements s’obstinent-ils à créer des emplois aidés ?

D’abord parce que c'est facile. Le chômage augmente ? Je me bats contre, et pour vous le prouver, je crée des emplois.

Ensuite, les gouvernants s'intéressent peu à ce genre d’études. L’idée qu’il faut évaluer les politiques publiques, et tenir compte de cette évaluation pour les améliorer, reste en France une idée un peu bizarre, même si elle progresse peu à peu.

Faut-il alors supprimer les contrats aidés ?

Ce n’est sans doute pas souhaitable dans un pays où il y a une telle douleur sociale.

Mais il y a urgence à faire en sorte que le contrat aidé ne marque plus ses bénéficiaires au fer rouge. Pour cela, il faut créer des emplois utiles, où ceux qui les occupent apprennent à travailler.

La vraie limite des contrats aidés, ce n’est pas les milliards de l’Etat : c’est la capacité de trouver des salariés, des fonctionnaires, ayant le temps et le talent pour encadrer et former les recrues. Sauf que cette question n’intéresse apparemment personne.

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