L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____ Les prix de l’immobilier ont augmenté de 3% dans l’ancien en avril, selon les professionnels. C’est une surprise qui laisse extraordinairement sceptique. A tel point que j’ai envie ce matin de pousser un petit coup de gueule sur la réalité des chiffres publiés sur les prix de l’immobilier et leur évolution. Le sentiment que l’on peut avoir, c’est que la France n’a pas du tout le système statistique qu’un grand pays devrait avoir dans ce domaine. Le doute est tel que la FNAIM, qui regroupe les agents immobiliers, et qui a divulgué ce chiffre de 3% de hausse le mois dernier, explique qu’il doit être interprété avec prudence et que la tendance générale reste bien à la baisse. Alors quel sens a-t-il ? Car il y a quelques jours, la banque HSBC anticipait une chute des prix de 7% cette année dans l’ancien, la plus violente depuis un siècle, je la cite, et s’attendait à ce qu’elle dure jusqu’à 2011 inclus. Le promoteur Nexity parle, lui, d’une baisse de 10%. Difficile d’y retrouver ses mètres carrés ! Pourquoi ce trou noir statistique ? Parce que deux voitures sont comparables, que deux lave-vaisselles se ressemblent, mais que chaque maison, chaque appartement, est particulier. La situation, l’état, l’ensoleillement, tout compte. En économie, on dit qu’il s’agit de biens non fongibles. Du coup, un indicateur qui met simplement les prix dans un mixeur, les secoue et les affiche, a peu de chances de tomber juste. C’est encore plus vrai quand tout se négocie et quand le nombre de ventes dans un quartier donné est presque nul en période de récession. Conséquence : un grand nombre de statistiques sont peu fiables. Les seules rigoureuses sont celles de l’Insee s’appuyant sur les chiffres des notaires mais retravaillées par ses ordinateurs. Le hic est qu’elles sont publiées une fois par trimestre. Celles de 2008 ont été disponibles en avril. Comme ce décalage n’arrange ni les acheteurs ni les professionnels, qui veulent convaincre ces acheteurs que c’est toujours le moment d’acheter ou de vendre, voilà pourquoi il y a beaucoup de baromètres. Peut-on obtenir de meilleurs indicateurs ? Il faudrait que ceux qui ne savent pas parlent moins, et que ceux qui savent parlent plus ! Un des moyens serait que l’Insee « vende » mieux son indicateur et qu’il soit plus fréquent. Certes, des progrès sont en cours. Les notaires proposent sur Internet les prix des transactions immobilières dans un petit rayon autour de chez soi. Mais toujours avec le décalage dont je parlais et uniquement pour la région parisienne. Nous sommes encore loin des Etats-Unis où, sur Internet, vous visualisez chaque mois les prix immobiliers dans votre rue. Quelle conclusion à tout cela ? Il y en a deux. La première est simple. Les prix du caddy de la ménagère ou des SMS sont scrutés tous les jours par des observatoires, des relevés officiels et des inspecteurs assermentés. L’immobilier, qui représente une dépense bien plus importante pour les ménages, ne doit plus être le parent pauvre de la statistique. La deuxième conclusion est que si on découvrait que les prix ont bel et bien augmenté, je ravalerais mon coup de colère et j’apprendrais par cœur, c’est promis, les petites annonces immobilières de votre quotidien préféré !

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