On l’a appris il y a quelques jours sans que cela ne soulève, curieusement, beaucoup d’intérêt : l’Allemagne a accueilli un million d’immigrants l’an dernier.

Vous avez bien entendu le chiffre. Un million (à quelques milliers près) venus d’Europe et du monde entier s’installer, travailler, étudier, pour une période plus ou moins longue, en Allemagne l’an dernier. Ce chiffre tout à fait officiel est le plus haut enregistré depuis vingt ans. Et effectivement, cela a été peu commenté, une brève ici ou là dans la presse, une dépêche. La signification est évidente : comme autrefois, le mark était une valeur refuge pour la monnaie, l’Allemagne est un pays refuge, une valeur refuge, dans une économie européenne qui va mal. On le sait parce que l’on voit beaucoup de reportages là-dessus, les autorités allemandes accueillent les bras grand ouverts ces immigrants dont elles ont absolument besoin. Le taux de chômage, de l’autre côté du Rhin, s’élève à 5,4% (moitié moins qu’en France) et la démographie est déclinante. Bref, il manque des ouvriers, des électriciens, des boulangers, des maçons, des ingénieurs etc.

Mais contrairement aux idées reçues, les Italiens et les Espagnols ne sont pas les premiers concernés.

Effectivement. Quand on regarde les données publiées par l’Office des statistiques, elles corrigent quelques idées reçues. D’abord, les italiens, les Grecs, les espagnols ne représentent pas du tout la majorité – même si on en parle beaucoup et que le mouvement a progressé ces dernières années, surtout pour les jeunes. Très concrètement, 35.000 Grecs ont émigré vers l’Allemagne. En réalité, les pays d’origine les plus représentés sont, dans l’ordre, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie. On sait qu’il y a beaucoup d’étudiants de ces pays qui viennent quelques mois ou années, mais aussi des travailleurs saisonniers dans l’agriculture par exemple. Et puis, bien sûr, il y a les Turcs. L’autre idée reçue démontée (un peu) est que l’Allemagne accueille beaucoup d’étrangers, mais qu’il y a beaucoup de départs, de mouvements, puisque entre les entrées et les sorties, le solde net, l’an dernier, des immigrants, est inférieur à 400.000. Donc, assez loin du million quand même.

Bon, quels enseignements peut-on tirer de tout cela ?

Alors, quel enseignement ? Un : La grande différence entre les Etats-Unis et l’Europe, deux continents qui ont chacun une monnaie unique, est que dans un cas – les Etats-Unis – il y a une grande mobilité des personnes qui permet à celles-ci d’aller vers la croissance et l’emploi ; et dans l’autre, la mobilité est faible, à cause des différences linguistiques et de culture. En période de crise, cela change un peu. Mais évidemment – et c’est le deuxième point – l’émigration de talents espagnols ou grecs prive leur pays de leurs talents – ce sont souvent les plus dynamiques qui sautent le pas. Troisième élément : on voit combien l’Allemagne a bâti un hinterland avec l’Europe de l’Est, qui lui est si proche, avec une chancelière Angela Merkel qui vient de l’Est. Dernier point : l’Allemagne, comme les Etats-Unis, appuie son dynamisme économique sur l’immigration de compétences et de travail.

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