Dominique Seux est à Berlin e il a constaté que la France et l'Allemagne abordent les élections européennes de façon différente.

Oui, vous connaissez la formule : un couple qui s'aime vraiment ne se regarde pas dans le blanc des yeux, mais regarde dans la même direction. On est obligé de constater, avant ces européennes, que Paris et Berlin ne sont pas dans la même situation. La première évidence, sur la différence de situation politique, saute aux yeux dès que l'on atterrit à Berlin. Les photos d'Angela Merkel et de Martin Schultz, la tête de liste des sociaux-démocrates, s'affichent partout. La chancelière est mise en avant par son parti, comme si le PS placardait l'image de François Hollande dans toute la France pour pousser son score ! Vous imaginez, on n'y est pas. En face, la photo du social-démocrate Martin Schultz est ainsi légendée : envoyez un allemand à la tête de la Commission européenne. Au-delà de l'anecdote, des conversations off avec plusieurs ministres et des proches de la chancelière, montrent le fossé entre les deux pays.

C'est d'abord le cas en matière économique.

Alors, attention, il n'y a pas d'arrogance de la part des Allemands dont la croissance a été de 0,8% au premier trimestre, contre zéro pour la France. En 2012 comme en 2013, les croissances ont été - contrairement aux idées reçues - voisines et à un bas niveau. En revanche, l'Allemagne saisit le vent de la reprise internationale, contrairement à la France. Et surtout, le chômage est moitié moins élevé, autour de 5-6%. Quand on interroge les Allemands sur la pauvreté, qui serait plus forte chez eux que chez nous à cause des mini-jobs, ils balaient un peu rapidement les statistiques internationales, mais une étude fine montre que cette pauvreté se concentre à 80% dans les ex-Landërs de l'Est, preuve que 25 ans après, la fracture existe toujours. Quoi qu'il en soit, il ne faut guère attendre de souplesse allemande, sur le déficit public français.

Une approche différente, également, sur le rôle de l'Etat en matière industrielle.

On a, bien sûr, interrogé les interlocuteurs allemands sur le cas Alstom. Berlin soutient-il un partenariat franco-allemand qui verrait Siemens racheter la branche énergie d'Alstom en lieu et place de General Electric ? Eh bien, on the record, publiquement, ou off, la réponse est la même : ce n'est pas le gouvernement qui sait ce qui est bon pour Siemens, ce sont les actionnaires. Ce qui est évident, c'est que Siemens est une puissance ici, à laquelle le pouvoir ne peut rien imposer ni suggérer.

Pour finir, un point qui converge doucement entre Paris et Berlin, et à l'inverse une idée de Paris qui laisse Berlin coi !

Le rapprochement, c'est sur le niveau de l'euro. Le gouvernement reconnait qu'il est trop haut pour certains pays, c'est nouveau. La stupéfaction, c'est celle de politiques qui ne comprennent pas comment Francois Hollande pourrait soutenir la candidature de l'allemand Schultz à Bruxelles alors que la chancelière domine déjà l'Europe.

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