Hier, vous avez écouté le discours de François Hollande devant les élus de l’Aude, à Carcassonne.

Oui, un discours de plus d’une heure et dix minutes au cours duquel le chef de l’Etat a passé en revue les engagements qu’il avait pris lors du fameux discours du Bourget de 2012 et ce qui s’est passé depuis. On va se limiter à l’économie, mais si on avait un seul conseil à donner aux responsables politiques en général et donc- puisque l’on parle de ce discours - à François Hollande en particulier, ce serait de faire attention à rester modeste. En tous cas s’agissant des résultats obtenus. Je le cite mot à mot ou presque je vous l’assure : « nous avons réindustrialisé la France ; nous avons reconstitué les marges des entreprises ; nous avons redressé les comptes publics et stabilisé les prélèvements obligatoires », a-t-il expliqué devant un public dont on ne sait pas s’il était sage ou stupéfait. Bigre ! Poursuivant : les perspectives de croissance sont reparties. C’est seulement sur le chômage que le président est resté prudent – instruit par les promesses passées non tenues. Bon, il est normal qu’un responsable public verse dans l’optimisme et le volontarisme pour entraîner le pays ; et d’ailleurs, François Hollande a annoncé que d’autres réformes seront nécessaires. Mais le fossé est si grand entre ce que tout le monde voit et les satisfecit que l’on peut entendre que cela décrédibilise la parole politique.

Parce que les résultats ne sont pas là… ?

On a dit ici même à ce micro la semaine dernière que la croissance avait été bonne au premier trimestre. Mais François Hollande peut-il faire oublier qu’elle a été de 0,2% seulement en 2012, de 0,7% en 2013 et de 0,2% l’an dernier, c’est-à-dire historiquement faible. Allons plus loin : L’Insee a bien voulu calculer hier où en est le produit intérieur brut, le PIB par habitant, par rapport à l’avant-crise. Eh bien, fin mars, nous étions encore en dessous en niveau, de un point et demi en dessous du PIB de 2008. Cet indicateur, c’est le bon, puisqu’il tient compte de l’évolution démographique et reflète ce que les Français vivent vraiment. Donc sept ans pour rien. Ensuite, le président arrondit les chiffres sur les prélèvements : toujours selon l’INSEE, non, ils ont encore augmenté l’an dernier – l’allégement fiscal pour les entreprises ne compensant pas les hausses d’impôt des particuliers. Quant au déficit public, il reste très élevé, un des plus élevés de la zone euro. Alors, oui le climat semble s’améliorer, et chacun souhaite que cela marque une vraie reprise et pas seulement une reprise portée par les bons vents extérieurs du pétrole et de l’euro qui serait fragile. Mais à condition de ne pas oublier que le nombre officiel de demandeurs d’emploi a grimpé de 586.000 depuis la dernière présidentielle. « La modestie est le meilleur appât pour aller à la chasse aux compliments » disait l’écrivain anglais Chesterton. La chasse n’est pas ouverte.

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