A Cannes, le monde du cinéma affiche ses inquiétudes financières. Le sujet est trop sérieux pour un jeu de mots peu glorieux, la paille après les paillettes (!), mais il y a un débat sur la façon dont se financera demain la production cinématographique.

Iconique palme du festival de Cannes
Iconique palme du festival de Cannes © AFP / Laurent Emmanuel

La face visible du cinéma français, ce sont de gros succès commerciaux : "Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu", "Les Tuche", et ce sont des grands réalisateurs. La face visible, c’est encore une belle part de marché des films français dans les salles, supérieure à toute l’Europe. 

Mais la face cachée est que la fin d’un modèle économique est proche

La fin d’un modèle économique 

Pour aller très vite, il y a beaucoup de films produits (plus de 300 en 2018), sans doute trop (la moitié font moins de 20 000 entrées), il y a des financements publics qui représentent entre un cinquième et un quart des coûts de production, un éparpillement des aides en tous genres, des difficultés à Canal+ (les télévisions ont moins d'argent pour financer le cinéma), et surtout des rouleaux compresseurs qui changent la donne : Netflix, Apple, YouTube, Disney, Amazon. 

Les habitudes des consommateurs changent et il est clair qu’autant la production française de cinéma et de séries est haut de gamme, autant l’industrie culturelle est à la peine

Lundi dernier, Emmanuel Macron a annoncé un fonds d’investissement de 225 millions d’euros et a repris peu ou prou les conclusions du rapport récent du producteur Dominique Boutonnat. La conclusion : il faut plus faire appel aux investisseurs privés. Voilà le débat.

Que répondent les professionnels ?

A Cannes, ils ne s’attendaient pas à çà. 

Au nom de l’exception culturelle, certains disent : c’est à l’Etat de nous aider encore plus, bref qu’il remette au pot.

D’autres tordent le nez à l’idée que les aides doivent être plus sélectives. 

Gaumont s’indigne : si on mettait fin au téléchargement illicite de films (qui coûte 1,5 milliard), cela résoudrait une partie du problème. 

M6 réplique sur un autre terrain : permettre aux télévisions de diffuser des films les mercredis et samedis soir pour limiter cette piraterie. 

Canal défend aussi ses intérêts. 

Bref, face à une offensive américaine sans précédent, le camp français est divisé alors qu’il faudrait se mettre en ordre de bataille au moment où la demande d’images n’a jamais été aussi forte. 

Le cinéma est un art, par ailleurs c’est aussi une industrie, disait Malraux. Pour qu’il reste un art français, il faut reconstruire son industrie (!).

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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