Avec le départ de Jérôme Cahuzac, le gouvernement a perdu son «bad guy», celui qui, au ministère du Budget, disait non aux dépenses. Qui peut le remplacer dans ce rôle ? C’est la question qui se pose ce matin. Le ministère du Budget n’est pas seulement, et peut-être pas même d’abord, un problème de compétence technique, même si cela aide. C’est un poste où, en période de vaches maigres et de comptes publics dégradés, il faut un méchant, un «bad guy», un mauvais garçon énergique. Jérôme Cahuzac occupait bien ce rôle, presque jusqu’à la caricature. Vous savez, un ministre allemand de la République de Weimar, Gustav Noske, avait une théorie politique, « il faut bien que quelqu’un fasse le chien sanglant. J’assume ». On n’en est pas là, mais le Budget, c’est un rôle. D’où la question : Bernard Cazeneuve est-il taillé pour ce rôle ? De toute façon, c’est lui ou Pierre Moscovici… Non, ce ne sera pas Pierre Moscovici même si dans l’organigramme, il est le patron du ministre du budget mais il ne veut pas jouer ce rôle. Du coup, on verra ce que fera Bernard Cazeneuve qui était jusqu’à maintenant aux Affaires européennes. Le problème c’est que les affaires européennes, c’est plutôt un poste de gentil, de consensus, mais attention, ceux qui le connaissent bien me disaient hier soir qu’il va surprendre par sa fermeté. Le départ d’un ministre du Budget, ce n’est jamais bon, mais surtout en ce moment, non ? Exactement. Avant-hier soir, Cahuzac avait ouvert sa première discussion budgétaire pour 2014 avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense – au passage Le Drian a dû noter avec le sourire que Cazeneuve est attaché aux industries de défense. Plus largement, l’objectif de ramener le déficit à 3% du PIB a été décalé de 2013 à 2014, mais il faudra bien le baisser de 20 milliards d’euros sans augmenter les impôts, puisque cette corde a été tendue au maximum et menace de craquer. L’effort aura donc lieu sur les dépenses, il sera sans doute sans précédent. On voit le débat qui démarre sur les allocations familiales ; il y en aura d’autres. Sur le plan fiscal, Cazeneuve récupère quand même la patate chaude de la taxe à 75% ! Les marchés peuvent réagir à cette démission ? Non. D’abord parce que Jérôme Cahuzac n’est pas connu à l’international. Cette démission, cela ne créé pas un problème entre le président et l’opinion, c’est un problème de fonctionnement du gouvernement à résoudre. Le départ de cahuzac modifie m’équilibre du gouvernement alors que faire des économies n’est pas dans l’ADN naturel de toute la gauche. En fait, cela tombe surtout au moment où il est demandé à François Hollande d’assumer sa politique, de la dire, et de la faire. D’être un peu méchant, même s’il n’a pas a priori une nature churchilienne. En tous cas, Bercy porte la malchance… Trois des démissions les plus retentissantes pour cause d’ «affaires» ont concerné des ministres ou des ex-ministres de Bercy : Dominique Strauss Kahn en 1999, Hervé Gaymard en 2005 et Eric Woerth en 2010. Mais si les faits étaient avérés pour Jérôme Cahuzac avec compte en Suisse– ce qui n’est pas le cas -, c’est cette fois-ci que l’écart entre la fonction et l’attitude personnelle aurait été le plus grand.

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