Les injonctions sont contradictoires : ne pas avoir plus de cinq contacts par jour mais ne pas paralyser l'économie. Le seul moyen est de réorganiser les entreprises et rassurer concrètement et psychologiquement les salariés.

Rentrer chez soi ou travailler ?
Rentrer chez soi ou travailler ? © Getty / Maskot

L’économie française en fait-elle trop dans le confinement ? C’est la certitude qu’a le gouvernement et pourtant c’est compliqué à expliquer. 

Un très grand nombre d’usines sont fermées, le bâtiment et les travaux publics sont à l’arrêt (ce qui pose des problèmes pour les réseaux d'eau, d'électricité et télécoms), l’intérim va vers 500.000 emplois en moins, la consommation d’électricité a baissé de 15%, les magasins de bricolage ont baissé le rideau alors que ce n’était pas prévu : on pourrait continuer. 

Je vous donne deux exemples d’enchaînements problématiques : si le secteur de l’emballage ne tourne pas, il n’y aura bientôt plus rien dans tous les magasins ouverts.  Si la fabrication de vitres en plastique n'est pas possible, les caissières et caissiers ne seront pas protégés. 

Pourquoi ce quasi-stop économique ? C’est la contradiction entre les appels à se confiner et à maintenir la vie économique. Beaucoup de salariés ont peur pour eux, c’est normal. 

En réalité, les pouvoirs publics et l’opinion ne se sont pas compris. Emmanuel Macron voulait dire : restez chez vous quand vous le pouvez, on ferme les lieux où la contamination est possible mais pour le reste allez travailler en appliquant les fameux gestes barrières. 

Les Français, eux, ont entendu : on arrête tout sauf les activités essentielles comme la distribution alimentaire. Dans ce cas, le risque est une paralysie totale de l’économie. 

Du coup, hier, Emmanuel Macron a réuni en urgence les branches professionnelles pour voir lesquelles peuvent travailler quand même. C’est légitime mais est-ce audible ? Franchement, difficilement. Plus le nombre de cas graves va augmenter plus les Français voudront, logiquement, se rassurer par exemple avec des masques (on revient sur le sujet), dont la vertu au moins psychologique est évidente. 

C’est anecdotique mais le compte Twitter présidentiel reflète la confusion du discours : en énorme en haut de la page Internet et en rouge, il est écrit « Restez chez vous » et en dessous un tweet d’hier appelle à ne pas stopper totalement la vie économique.

Au-delà, pourquoi cet arrêt ?

Il y a un désaccord entre l’impératif sanitaire qui pousse à limiter au maximum les contacts physiques (cinq contacts par jour) et le fait que si la France s’arrête un, deux ou trois mois, il n’y aura plus de revenus et rien dans les magasins. 

La solution, avancée par Laurent Berger (CFDT) et Geoffroy Roux de Bézieu (Medef) est que chaque entreprises prenne du temps pour réfléchir à une organisation temporaire de ses modes de fonctionnements.

Au-delà, la confusion sur la façon de dire les choses travail pas travail a je crois une origine : beaucoup de responsables imaginent que tout le monde peut télétravailler en France – c’est l’image vu des grandes villes d’une économie de services. En réalité, non, dans beaucoup de métiers dont on redécouvre l’incroyable utilité et qu’on doit tous saluer, on ne peut pas télétravailler.

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