L'édito éco de Dominique Seux des "Echos". ____C’est passé un peu inaperçu mais depuis lundi, c’est la semaine de l’entrepreneur. « Les Echos » détaillent ce matin un sondage sur les connaissances qu’ont les Français des entreprises. Un sondage qui permet de mettre en perspective le débat important mais classique qui oppose les milieux économiques et l’éducation nationale. Les premiers regrettent que les Français ne connaissent pas assez l’entreprise. La seconde rejette les reproches qui lui sont généralement faits. La Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises, la Fnege, a eu la bonne idée d’interroger les Français, avec l’institut de sondage LH2, sur leurs connaissances réelles de l’entreprise. En leur posant une trentaine de questions très concrètes, ce qui permet de sortir de la polémique. Au moment où l’on parle énormément d’économie, déflation, banques, crise, le résultat est intéressant. Que savent les Français et que ne savent-ils pas ? Ce qu’ils savent d’abord. Ils ont une bonne connaissance de ce qui les touche concrètement. 84% connaissent le taux du principal taux de la TVA, 19,6%. 72% savent ce qu’est le CAC 40. Environ 90% situent bien l’activité d’entreprises comme Axa ou Alcatel-Lucent, dont ils sont les clients directs. Curieusement, moins d’un sur deux voient Areva dans le nucléaire. En matière sociale, les réponses sont également bonnes sur le rôle du comité d’entreprise et son fonctionnement. Cela se gâte dès que l’on parle de l’entreprise elle-même. Parfois, la connaissance est défaillante. Une personne sur trois confond le chiffre d’affaires et le bénéfice, ce qui est beaucoup. Le plus souvent, la vision est déformée. Ainsi, la part des salariés en CDD ou en intérim dans les entreprises est de moins de 10% selon l’Insee. Seulement 4% des Français répondent juste. Six Français sur dix imaginent que c’est plus de 20, voire 30%. Autre exemple, la part des dividendes payés aux actionnaires dans ce que produisent les entreprises : elle est inférieure à 5%. Elle est surévaluée ou ignorée par 88% des sondés. On pourrait continuer assez longtemps. Quels enseignements tirer de tout ça ? En fonction de leurs réponses justes ou fausses, seulement 7% des personnes interrogées ont la moyenne. Ce qui frappe, c’est une vision négative de l’entreprise. La part des emplois précaires est gonflée, les Français ont l’impression que les entreprises sont plus grosses qu’en vrai, que les actionnaires reçoivent plus qu’en réalité. Ils sous-évaluent le nombre de salariés travaillant dans le secteur privé, ignorent à 70% qu’un salarié qui gagne 1.500 euros nets coûte à l’entreprise le double. Il y a donc des progrès à faire. Un tel écart entre l’imaginé et la réalité explique en tous cas, en partie, la méfiance face aux changements. Il ne s’agit pas de dire que tout va bien dans les entreprises, la crise actuelle le montre bien, mais au moins d’avoir une connaissance qui corresponde à ce qui existe. A qui la faute ? A tout le monde. Il y a le débat sur l’enseignement à l’école, qui déclenche des batailles rangées. Au-delà, c’est sans doute que l’entreprise, l’entrepreneur, suscitent toujours des réticences en France. Le pays est fondamentalement colbertiste et réticent au risque. De bas en haut de la société. Une anecdote : En 2006, la France a dû ratifier le socle commun de connaissances devant être acquis par les jeunes proposé par l’Europe. Elle a refusé de dire que l’esprit d’entreprise pouvait être un objectif en soi. Le mot risquait de choquer. C’est le ministre de l’Education qui a mis son veto, par crainte. La définition européenne de l’esprit d’entreprise ? Citation : "l’aptitude d’un individu de passer des idées aux actes." Terrifiant, non ?

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.