Vous commentez évidemment la dégradation de la note de la France cette nuit par l’agence Moody’s. C’est une mauvaise nouvelle ?

Pas seulement ! Rappel : il s’agit de la note donnée aux obligations qu’émet le Trésor pour se financer sur les marchés. Oui, c’est une mauvaise nouvelle qui va reléguer aujourd’hui le psychodrame de l’UMP au rang de sitcom passant juste avant le journal de 20 heures. Mais j’ai envie de dire que c’est aussi une bonne nouvelle - même si cela paraît paradoxal et cynique. Commençons par un point précis technique : il est difficile, ce matin, d’évaluer l’effet de cette décision sur les marchés européens.

Pourquoi ?

La France avait déjà perdu le triple A de l’agence Standard & Poor’s. Il s’en était suivi des heures et des heures de commentaires. Mais le Trésor avait continué à se financer à bas prix, Paris étant, restant finalement, plus sûr que Madrid ou Rome. C’est encore le cas. On peut penser que cela va continuer, parce que la dégradation de cette nuit était attendue. En même temps, le fait que deux agences internationales sur trois aient dégradé la France - seule Fitch reste sur le triple AAA - (ce fait) change la donne parce que les investisseurs (fonds de pension, banques) s’obligent à avoir des titres notés 20/20 dans leurs portefeuilles. Mais, comme on va l’entendre seriner toute la journée, Aa1, cela reste 19/20. Donc, a priori pas de catastrophe sur les marchés.

En revanche, c’est une catastrophe politique ?

Le mot est trop fort, mais vis-à-vis de l’Allemagne, oui quand même. Berlin a encore son triple A, comme la Finlande, le Luxembourg. Dans le fameux couple franco-allemand, Paris avait déjà 10 centimètres de moins, il en reperd dix. Economiquement et politiquement, on ne joue plus dans la même catégorie. Ensuite, cela prouve que la crise de la zone euro n’est pas réglée.

Mais avec tout cela, vous maintenez que c’est aussi une bonne nouvelle ?

On va avoir des discussions de cour de récré entre la droite et la gauche : c’est la gestion Sarkozy-Fillon qui est sanctionnée ; non c’est la politique irresponsable Hollande-Ayrault. Mais la décision de Moody’s va obliger la France à bouger, à s’adapter. Sont pointées la perte de compétitivité de notre économie, les rigidités du marché du travail et des biens et services, la situation budgétaire et, c’est le plus important, notre incapacité à tenir nos promesses dans la durée, à nous réformer. Le gouvernement commence à agir, Moody’s le dit, mais, on le sait, on le dit, on voit bien que le plan de compétitivité de la semaine dernière ne peut être qu’un début, pas une fin.

Pour le gouvernement, quelles conséquences ?

Il y en a deux. Le gouvernement pensait avoir du temps, il n’en a plus. Il ne voulait pas de choc, il y a un électrochoc – plus sérieux que la Une de The Economist . Second point, depuis dix jours, il marchait sur un petit nuage. Bon accueil du rapport Gallois et des mesures qui ont suivi, bon chiffre de la croissance au 3ème trimestre et spectacle désolant et désopilant dans le camp d’en face, à l’UMP. Bon, ben c’est fini.

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