Carlos Ghosn est en garde à vue pour suspicion de dissimulation de revenus au Japon. Si la fraude est avérée, elle est inadmissible. Reste que cette affaire tombe à pic pour la partie japonaise de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.

Carlos Ghosn
Carlos Ghosn © AFP / Etienne LAURENT / POOL / AFP

Les accusations qui pèsent sur lui sont lourdes et soulèvent à juste titre l’indignation. Le dirigeant d’une entreprise aussi importante doit être encore plus irréprochable que les autres et respecter les lois des pays où il travaille. 

Si les faits évoqués à Tokyo sont exacts -ils le sont a priori, mais pour l'instant seul le dossier à charge est disponible-, une fois de plus, on ne comprend pas pourquoi ces grands patrons veulent toujours plus d’argent, n’ont plus pied sur terre et mettent en danger l’adhésion à l’économie toute entière. 

En clair, ils alimentent la colère de ceux qui sont tout en bas de la cordée -même si les choses sont plus compliquées que cela puisque les Américains ont choisi un milliardaire comme président. 

Bref, c’est inadmissible. 

C’est en même temps un immense gâchis parce que Carlos Ghosn est un des plus grands industriels de l’époque, reconnu mondialement comme tel. Il dirige le numéro un mondial du secteur, il a redressé Nissan, Renault a les meilleurs résultats de son histoire, et avec Mitsubishi, Samsung Motors, Dacia et Avtovaz., il a vendu plus de dix millions de véhicules l’an dernier, dépassant Volkswagen et Toyota. Le groupe emploie près de 500.000 salariés et dispose d'environ 120 usines dans le monde.

Le conseil de Nissan l’écartera jeudi, il est très peu probable qu’il puisse rester à la tête de Renault. Les pouvoirs publics français ne le disaient pas hier encore à voix haute, mais mezza voce, oui - et depuis ce matin publiquement.

Mais cette affaire tombe aussi à un moment bien particulier. Précisément au moment où le japonais Nissan, plus gros que Renault, s’émeut d’être contrôlé par le français avec l’Etat au capital. Il n’en faut pas moins pour qu’à Paris, la thèse d’un demi-complot prenne corps. Ce qu’on reproche à Ghosn est courant au Japon, cela tombe à pic pour déstabiliser l’Alliance très complexe Renault-Nissan, glissent des familiers du secteur. 

Les deux entreprises sont si imbriquées pour la recherche, les fournisseurs et les chaînes qu’une séparation est difficile à envisager et la question est de savoir qui va dominer l’autre. 

On sait peu de choses aujourd’hui, il faut être prudent, sauf que Carlos Ghosn a fauté. L’Elysée va être à la manœuvre pour préserver les intérêts tricolores alors que le secteur aborde un tournant de son histoire avec les véhicules autonomes et décarbonés.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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