L'édito éco de Dominique Seux du journal "Les Echos". Rebondissement hier soir dans l’affaire des caisses d’épargne avec la démission des trois principaux dirigeants. Est-ce la solution la plus logique ? C’était en tous cas absolument inévitable. A temps exceptionnels, réponse exceptionnelle. Il y a quelques mois, la perte de 600 millions d’euros sur les marchés financiers de dérivés action - cela consiste à acheter à l’avance à un prix donné une action, c’est un pari sur le cours de bourse - cette perte aurait certainement attiré l’attention, elle aurait peut-être fait scandale. Mais elle n’aurait pas appelé les mêmes réponses qu’aujourd’hui, moins d’une semaine après le plan de soutien aux établissements financiers. Il y a un an, personne n’a entendu parler de la perte de 250 millions d’euros par un courtier de Calyon, la banque d’investissement du Crédit Agricole. Il y a huit mois, tout le monde a entendu parler de l’affaire Kerviel, qui a fait perdre 6,3 milliards d’euros à la Société Générale, mais Daniel Bouton a pu rester en place quelques temps avant de céder les rênes opérationnels en conservant seulement, si on peut dire, la présidence de l’entreprise. Cette fois, le contexte était différent. Le gouvernement, les Caisses d’épargne et les autorités de contrôle avaient tous intérêt à ce que les sanctions soient fortes. Le gouvernement était contraint vis-à-vis de l’opinion, qui a en tête les 360 milliards de la semaine dernière. Et Nicolas Sarkozy voulait une issue en ce sens. Les Caisses d’épargne étaient contraintes vis-à-vis de leurs clients qui découvrent que l’établissement prenait des risques insoupçonnés. Les autorités de contrôle étaient en cause parce qu’après l’affaire Kerviel, on imaginait que la commission bancaire surveillait de très près les opérations. Il y a un côté injuste, évidemment, parce qu’on parle des pertes, mais il y a eu des gains aussi. Parce que Charles Milhaud, le président, Nicolas Mérindol, le directeur général et Julien Carmona, le responsable financier, n’étaient pas coupables, ils étaient seulement responsables. Mais c’est comme ça. D’autres banques ont eu des problèmes. Pour autant, on ne peut pas s’attendre à ce qu’elles en aient toutes. Ce qui est vrai, c’est que cette affaire met en évidence quelque chose que les Français n’ont pas perçu : l’Ecureuil a beaucoup changé ces dernières années, sous l’impulsion, justement, de Charles Milhaud. Depuis dix ans, il y a eu beaucoup d’acquisitions, le Crédit Foncier, Ixis, la banque d’investissement de la Caisse des dépôts qui deviendra Natixis, Nexity, dans l’immobilier. Ces investissements causent des difficultés aux Caisses d’épargne parce qu’ils vont mal et que le mouvement coopératif a une image de sécurité. Le groupe paie un prix lourd à la crise. C’est une vraie question stratégique au moment où il y a une fusion envisagée avec les Banques populaires pour constituer le deuxième réseau en France. La décision de changer les dirigeants a été prise en trois jours. Est-ce un changement dans la gestion des entreprises en France ? C’est une réponse logique à une situation de crise. En ce moment, il y a, à l’évidence, un devoir d’exemplarité des dirigeants. C’est clair pour le secteur financier, mais peut-être au-delà. Dans une interview aux « Echos » ce matin, François Chérèque explique que les salariés sont actuellement "à fleur de peau" sur toutes ces questions. C’est sans doute vrai et il faut faire attention aux risques sociaux. Dans la période tendue actuelle, tous ceux qui croient à l’économie de marché, à l’économie libérale, souhaitent que les entreprises soient exemplaires. Ceux qui l’espéraient avant n’ont pas toujours été entendus, on a encore plus de raison de l’espérer aujourd’hui.

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