**Le rendez-vous économique de la journée, c’est le budget qui arrive à l’Assemblée nationale.C’est le grand rendez-vous parce que le budget, c’est l’acte de politique économique par excellence d’un gouvernement, avec le choix des dépenses et de la politique fiscale, qui mobilisent des sommes considérables, (plus de 300 milliards d’euros du côté des crédits). Cette année, la crise a (tout changé), tout bousculé. Et pourtant le débat qui s’ouvre va donner l’impression qu’elle n’existe pas, (ou plutôt) qu’elle est finie. Les polémiques de cette année ressemblent étrangement à celles des années précédentes. Eric Woerth, le ministre du Budget, pensait être accueilli (non pas sous les applaudissements, mais) avec une certaine bienveillance dans le contexte d’une récession la plus grave depuis 1945. Il espérait qu’on lui serait reconnaissant de faire ce qu’il faut pour soutenir l’activité en acceptant de creuser les déficits. Il escomptait séduire en même temps l’UMP en maintenant le cap sur des réformes emblématiques comme la baisse du nombre de fonctionnaires. Eh bien, c’est raté, et le gouvernement se retrouve sur la défensive. Sur quels terrains ?D’abord, celui des impôts. La colonne vertébrale fiscale de ce budget, c’est qu’il n’augmente pas les impôts. Il y a la baisse de la taxe professionnelle, il y a une compensation de la taxe carbone. Que s’est-il passé pour que l’impression soit différente ? Le message est compliqué et puis, le gouvernement doit allumer des contre-feux imprévus. Des députés (y compris de droite) votent une taxation accrue des bénéfices des banques, et voilà Christine Lagarde qui doit proposer une autre taxe. Le débat repart sur le bouclier fiscal, et voilà Eric Woerth qui ce matin contre-attaque en se disant ouvert sur un nouveau tour de vis sur les niches fiscales. Le brouillage est le même sur la dette. Les mêmes qui reprochaient à Nicolas Sarkozy, à gauche, de ne pas faire assez de relance lui reprochent de faire trop de dette et ils sont rejoints par les orthodoxes ( – et j’en suis -) qui pensent que la France va prouver une nouvelle fois avec délice qu’elle est incapable de redresser ses comptes. Il y a une grande inconséquence à tout reprocher à la fois mais, au lieu de s’annuler, les critiques s’ajoutent. Pour le gouvernement, c’est seulement un mauvais moment à passer ?Il l’espère. Il répète aussi que la discussion budgétaire est toujours annoncée comme difficile, et que l’intérêt médiatique va s’émousser assez vite. C’est possible. Cela étant, dès avant l’été, il pariait beaucoup sur le grand emprunt pour rebondir, pour donner du positif à la crise. Aujourd’hui, il mise sur le fait que cet emprunt lui permettra de quitter sa posture défensive, passive, pour une posture offensive, active. Avec des projets concrets, un grand débat. Ce n’est pas un hasard si l’UMP organise aujourd’hui une convention sur le grand emprunt. Un grand emprunt qui se précise ?L’enveloppe est à peu près calée. L’Elysée parle d’une fourchette de 20 à 40 milliards d’euros, Michel Rocard, le coprésident de la commission ad hoc, évoque 30 milliards. L’ancien premier ministre socialiste – désavoué par Martine Aubry qui va dire aujourd’hui à François Fillon que le grand emprunt est une ineptie - a arrêté aussi ses quatre priorités : la recherche, l'université, le haut débit, la croissance verte. Tout l’enjeu des prochaines semaines est de savoir si dans l’opinion, c’est l’actif, celui de l’action, qui l’emportera, ou le passif, celui de la dette.**

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