Quand les collectivités locales se battent pour attirer les investissements chinois.

Je vais raconter une histoire qui paraît anecdotique en pleine crise financière, mais qui ne l’est pas. Elle illustre notre schizophrénie quand il s’agit de la mondialisation en général et de la Chine en particulier. D’un côté, on s’inquiète des délocalisations et de la déferlante du made in China ; de l’autre, on ouvre les bras et les frontières aux produits chinois. L’histoire, c’est un accord signé lundi à Chengdu entre la Région Champagne-Ardenne, le département de la Marne et les autorités chinoises. Il prévoit que l’aéroport de Vatry, dans la Marne, accueillera bientôt trois rotations de Boeing 747 par semaine, lesquels débarqueront jusqu’à 25.000 tonnes de produits électroniques par an. Un vrai pont aérien. Bien sûr, chaque jour, des bateaux, des avions déchargent des produits chinois en France ; mais ce qui est neuf, c’est le volume et l’aide de collectivités publiques pour sauver un aéroport.

Vatry, cheval de Troie de la Chine ? !

Non, bien sûr - mais la démarche des Chinois pour trouver des points d’entrée privilégiés en Europe frappe. On a parlé des investissements faits au Pirée, en Grèce, à Naples, en Italie. On a glosé sur l’histoire du milliardaire chinois qui veut acheter 300 kms carrés en Islande pour créer un parc de loisirs. Plus près de nous, le Port du Havre met à disposition d’une entreprise chinoise d’immenses entrepôts à l’abandon. Déjà un tiers du trafic du port se fait avec la Chine. Enfin, Châteauroux espère encore des investissements asiatiques miraculeux pour remplacer une base militaire fermée avec un aérodrome.

Tout cela est-il significatif ?

C’est significatif de la part prise par la Chine dans nos échanges. Alors, attention aux clichés. Souvenez-vous de l’horreur que suscitaient les magnétoscopes japonais dans les années 1980 ! Et le monde ne s’est pas japonisé ... Mais dans le cas chinois, c’est la rapidité du mouvement qui stupéfie. Sur les douze derniers mois, les consommateurs français ont acheté pour 40 milliards d’euros de marchandises chinoises - ou fabriquées là-bas par des entreprises françaises –, deux fois plus qu’il y a cinq ans. Quarante milliards, c’est plus que ce que l’on importe des Etats-Unis, de l’Italie, du Royaume-Uni.

L’explosion des importations chinoises, c’est la plus grande menace ?

Je ne crois pas. Après tout, on importe du pétrole d’Arabie saoudite et du coca cola d’Amérique sans être colonisé. Mais il y a deux vraies menaces. Un : les exportations tricolores vers la Chine ne suivent pas, et le déficit devient absolument abyssal. Deux : les Chinois font des acquisitions stratégiques pour progresser dans les technologies. Dans l’automobile, ils ont repris, en Europe, Rover et Volvo. Exemple plus cher à notre cœur : dans le bordelais, ils achètent des hectares de vignobles pour ... apprendre le métier. Parions qu’on leur vendra encore beaucoup de bouteilles avant que des containers de vin chinois débarquent à Vatry et au Havre !

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