Le débat sur les inégalités est au cœur de la discussion budgétaire et fiscale à l’Assemblée.

D’abord une information : Bruno Le Maire, le ministre des Finances, répondra très probablement aujourd'hui à la demande des parlementaires de gauche sur le montant global de l’ISF payé par les plus gros contribuables, peut-être même les 100 premiers. Et donnera des nouveaux éléments sur l’exil fiscal. D’ici là, on peut essayer de voir ce qui est certain sur les inégalités, au-delà du sentiment qu’elles augmentent. Coup de chance : l’Insee vient d’apporter du neuf ( à retrouver ici). Et des données qui montrent, pour reprendre une formule de l’Observatoire des inégalités, que si les disparités de revenus ne se réduisent pas et se creusent, elles n’explosent pas non plus. Sur ce sujet, le meilleur indicateur au monde, c’est l’indice de Gini : eh bien, en France, il montre une quasi-stabilité sur vingt ans. Mais bien sûr, c’est un outil de statisticien et il faut du concret ! Premier point : quand on prend la masse des revenus des 20% de Français les moins aisés et celle des 20% les plus aisés, l’écart est grosso modo le même en 2016 qu’en 1996 -c’est surprenant. Deuxième point, avec des données plus anciennes : l’écart s’est creusé quand on prend les 10 % les moins et les plus aisés, mais un peu seulement. Là, j’entends les auditeurs s’exclamer in petto: oui, mais ce sont les 5 % et même  les 0,1 % de Français de tout en haut pour qui çà va vraiment mieux. C’est vrai, mais le problème est qu’il n’y a pas de donnée précise pour le savoir précisément. L’Insee ne le calcule pas, on aimerait qu'il le fasse. Quant au site créé par Thomas Piketty, Wid.world, il  présente des données avant impôt, ce qui en limite l’intérêt. A l’évidence, des dirigeants, des sportifs, des artistes ont davantage de revenus qu’il y a 20 ans mais on ne sait pas combien ils sont, ni l’ampleur du phénomène, très visible mais anecdotique (peut-être) ou très significative (peut-être).

Alors pourquoi les Français jugent-ils que ces inégalités ont pris l’ascenseur ?

D’abord, les ressources financières de telle ou telle personnalité et souvent leur patrimoine sont désormais publics : on ne se rend pas compte combien c’est nouveau. Donc, on se compare. Normal. Ensuite, les revenus ne disent pas tout du pouvoir d’achat réel. En vingt ans, les loyers et les prix immobiliers ont explosé. Ils pèsent sur le niveau de vie des plus pauvres et des classes moyennes plus que sur les plus aisés. Enfin, la plus grande inégalité concerne l’emploi : en avoir ou pas. C’est le creusement des inégalités par le bas. Il est frappant combien elle scandalise moins que les autres et combien on s’y est habitué.

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