Il faut évoquer à nouveau ce bouclier qui va bien au-delà, pour la majorité - si on prend une image - de l’embarras causé au capitaine Haddock par son tout aussi fameux sparadrap.

Quoi que l’on pense de cette mesure au fond, cette disposition fiscale de 2007 apparaît désormais, pour elle, comme un boulet dont le poids s’alourdit au fil du temps plus qu’il ne s’allège. Pourquoi à ce point ? C’est un mystère. Il est curieux de voir à quel point le gouvernement n’arrive pas à convaincre l’opinion des vertus de ce plafonnement à 50% de l’impôt par rapport aux revenus – alors que la France est dans le haut du palmarès pour les taux d’imposition. Chaque semaine, une information relance la polémique sans qu’il réponde vraiment, le feu étant attisé par l’opposition (mais c’est de bonne guerre). En fin de semaine dernière, c’étaient les statistiques de 2009 : 19 000 contribuables ont reçu des chèques pesant 680 millions d’euros. Un gros millier d’entre eux ont encaissé en moyenne à 360 000 euros. Tollé assuré ! Le gouvernement a essayé de calmer la polémique en entaillant légèrement son bouclier, mais sans succès ! Entaillé, il l’a déjà fait et s’apprête à le faire encore. Dans le cadre de la réforme des retraites, le taux d’imposition le plus élevé de l’impôt sur le revenu passera de 40 à 41% (cela a déjà été annoncé). Mais ce relèvement ne pourra pas être annulé par le bouclier. En clair, les plus aisés paieront plus. Deuxième encoche, le rabotage des niches fiscales se fera de la même façon hors bouclier.

Nicolas Sarkozy ira-t-il plus loin en abandonnant son bouclier ?

Non. Il est devenu si emblématique qu’il est difficile d’y renoncer. En revanche, il attend beaucoup du rapport de la Cour des comptes (présidée par l’ex député PS Didier Migaud) qui doit comparer les fiscalités allemande et française. On devrait y voir que le système allemand, sans ISF et sans bouclier, est quand même plus simple. Au fond, quelles erreurs a fait le gouvernement ? Attention, il y aura toujours un débat de fond : à partir de quel niveau l’impôt est confiscatoire ou inefficace parce qu’il n’incite plus soit à rester en France soit à créer des richesses nouvelles … Le bouclier a aussi été taillé trop large en incluant la CSG. Mais il y a une chose certaine : l’exécutif est depuis le début, dans cette affaire, d’une grande maladresse. L’idée, d’abord, de rembourser les bénéficiaires du bouclier par un chèque visible ne pouvait naître que dans un cerveau technocrate ! Et puis surtout, le gouvernement ne s’est jamais attaché à dire l’essentiel : combien ces contribuables fortunés paient d’impôt avant et après le bouclier.

Avant : sans le bouclier et à cause de l’ISF, le taux d’imposition des 100 plus gros bénéficiaires du bouclier était en 2008 de 130% du revenu.

Après : les 200 plus gros bénéficiaires du bouclier ont récupéré en moyenne 750 000 euros mais ils ont payé encore 1,1 million d’euros d’impôt chacun. Or, ces chiffres, et bien d’autres, il faut aller les chercher tout au fond de rapports parlementaires. Conclusion, le gouvernement doit lever un peu le secret fiscal et, au minimum, passer des généralités au concret. Cela ne lui permettrait pas de remonter la pente, mais de ne pas continuer à sombrer.

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