Le gouvernement lance ces jours-ci une mission sur l’avenir de l’auto-entreprise. Les 800.000 Français qui ont adhéré à ce statut doivent-ils s’inquiéter ?

Un peu, pas trop, je crois. En tous cas, ils suivront avec intérêt les travaux de cette mission qui conduira à une réforme de ce statut révolutionnaire inventé il y a quatre ans. Sylvia Pinel, c’est la ministre de l’artisanat et du commerce, arbitrera début 2013. Ce qui est sûr, c’est que le PS, dans l’opposition, était plutôt contre ce régime. Rappelons que ce statut permet en trois clics sur Internet de créer sa propre entreprise, gratuitement. Cela concerne les chômeurs qui se lancent, les retraités, mais aussi les salariés du privé ou fonctionnaires qui ont une seconde activité. C’est simplissime, avec un système avantageux de forfait social et fiscal calculé sur le chiffre d’affaires. Le succès a été énorme tout de suite : plus d’un million de personnes ont rempli les formalités – même si certaines ont été radiées ensuite. Voilà pour le rappel des faits.

Pourquoi l’inquiétude alors ?

Ce régime est critiqué parce qu’il est avantageux, donc, et parce que aussi les artisans hurlent à la concurrence déloyale. Une entreprise de bâtiment qui a (si je puis dire) pignon sur rue râle de voir débarquer dans son secteur un plombier retraité ou un chômeur qui ne trouve pas d’emploi. Le petit patron qui passe des soirées sur ses déclarations Urssaf ou paie un comptable voit rouge. Dans ces conditions, une évaluation pourquoi pas. Le problème est qu’il est douteux que les Inspections générale des Finances et des affaires sociales, qui vont faire l’audit, soient les mieux placées. Leur qualité n’est pas en cause. Mais l’auto-entrepreneur est étranger à la culture historique, centralisée, méfiante, des hauts fonctionnaires. C’est mettre un jury d’agrégation de lettres classiques face à Harry Potter. Ce n’est pas le même langage. Ou c’est mettre un lapin dans le viseur de chasseurs dans une pièce fermée. Ils tirent tous azimuts !

… parce que l’auto-entrepreneur mérite d’être défendu ?

Oui. Il a introduit une nouvelle culture en France. Il est d’ailleurs bien plus intéressant sur le plan culturel qu’économique, parce qu’il ne pèse au total que quelques milliards sur un PIB de 2.000 milliards d’euros. De toute façon, l’activité est plafonnée à quelques dizaines de milliers d’euros par an. Ensuite, une partie de ces entrepreneurs le sont par intermittence et beaucoup arrêtent. Mais à l’inverse de ce que laisse entendre ce matin une étude de l’Insee, ce n’est pas grave ! C’est normal. On peut avoir rêvé d’une activité sans qu’elle marche, et elle peut procurer un petit revenu seulement de temps en temps. Il est contradictoire de crier à la concurrence déloyale et de constater que neuf auto-entrepreneurs sur dix y gagnent moins que le Smic.

Un pari sur l’avenir du régime ?

Le gouvernement en gardera l’essentiel. Le supprimer enverrait un signal désastreux dans la période économique actuelle. Restons bucolique : les auto-entrepreneurs sont comme les lapins : agiles, petits et pas vraiment nuisibles.

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