Le camp libéral est actuellement saisi par une vague d'auto-critique. Le libéralisme est-il trahi par les siens ou va-t-il être sauvé par les siens ?

La Une du Financial Times montrée en studio par Dominique Seux
La Une du Financial Times montrée en studio par Dominique Seux © Radio France

Il se passe  une évolution intéressante dans les milieux libéraux, une révolution des esprits pour dire : il faut que quelque chose change dans l’économie, cela ne va plus. 

Cette semaine, le Financial Times, grand média libéral anglo-saxon lu partout, a titré en énorme en Une : Capitalisme, il est temps de tout remettre à zéro (to reset). Avec un sous-titre : le profit doit avoir un autre but que lui-même, avec un grand texte de l'éditorialiste vedette Martin Wolf. Quand même. 

Aujourd’hui même, The Economist, l’hebdomadaire tout aussi célèbre, fait sa Une sur le climat et prend position : il faut changer l’économie profondément. 

Si on passe à une échelle plus franco-française, l’essayiste Guy Sorman bat une coulpe libérale de 40 ans et l’homme d’affaires Alain Minc demande dans Les Echos que le capitalisme se sauve de ses démons. Bigre. 

Bref, chez les libéraux aussi, comme partout, il y a un  grand désarroi idéologique face aux votes radicaux des peuples qui choisissent parfois des « grandes gueules » pour les diriger. 

A partir de là, trois questions. 

-La première : pourquoi ce changement de pied maintenant et pas avant ? Là, on a la réponse. Parce que jusqu’en 2008, le capitalisme a fait grimper les niveaux de vie partout, il a permis de financer des bons services collectifs. Mais il est sorti de la rivière en 2008 et n’est plus rentré dedans. Il est aussi confronté à un défi historique inattendu, le réchauffement. Certes, l’économie mondiale a doublé depuis 1990, les émissions de CO2 ont augmenté de "seulement" 50%, surtout dans les pays émergents. Mais voilà on va tous dans le mur.  Il faut changer.

- Deuxième question : ces mea culpa sont-ils des ruses des libéraux, comme le pensent certains, qui promettent de changer un peu pour que rien d’essentiel ne change -on connaît la formule : tout changer pour que rien ne change. A cette question-là, clairement, on n’a pas encore la réponse.  Le temps de la RSE-prétexte et du greenwashing s'éloigne, mais nous sommes encore au milieu du gué.

- Troisième question : des mea culpa, mais pour quoi faire d’autre ? Les idées keynésiennes puis libérales ont porté les économies chacunes pendant quarante ans, on ne sait pas ce qu'il en sera des prochains 40 ans.  

Et la France dans tout çà ? 

C’est curieusement en France que le débat sur le libéralisme, les inégalités et le climat est particulièrement vif, mais c’est ici aussi que le libéralisme a été plus en peau de lapin qu’ailleurs : les inégalités et les émissions de CO2 par habitant sont plus faibles qu’ailleurs, par exemple. La France est un pays où les ménages ne paient de leur poche que 8% des dépenses de santé (le reste l'est par la protection sociale collective) tandis qu'est dénoncée de façon ridicule la privatisation de la sécurité sociale. 

En France, des vrais croyants libéraux pur sucre, il y en a peu eu, et des vrais pratiquants, encore moins. C’est la raison pour laquelle le balancier repartira moins fortement ailleurs qu’ici. Mais les libéraux savent que le capitalisme doit changer pour survivre.

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