Petits signes d’embellie sur l’Europe, et en particulier sur la finance européenne… D’abord, le calme règne au mois d’août sur les marchés financiers. Vous pourriez me dire : « que voilà la belle affaire, les banquiers et leurs traders sont tous à la plage ». Et c’est vrai qu’il y a très peu d’échanges en Bourse. Mais ces dernières années, le mois d’août a été celui des tempêtes financières. Souvenez-vous, août 2011, les Etats-Unis perdent leur notation triple A sur leur dette fédérale, l’Italie et l’Espagne attaquées, le président Nicolas Sarkozy rentrant d’urgence de ses vacances au Cap Nègre. Ou bien août 2008, où l’on entendait déjà les craquements qui annonçaient le cataclysme de la faillite Lehman brothers un mois plus tard. Et août 2007, avec la première grande panique bancaire depuis les années 1930. Oui Bruno, un mois d’août paisible constitue un vrai changement. D’autant plus qu’il y a des signes encourageants. L’indice CAC 40 de la Bourse de Paris tourne autour de 3.500 points, presque 20% de plus qu’il y a trois mois. L’Espagne emprunte moins cher. La Grèce a remboursé trois milliards d’euros hier par un tour de passe-passe qui a fait illusion. Si la finance va mieux, est-ce que l’économie va aussi aller mieux ? Hélas non, et pour deux raisons. D’abord la santé de la finance est une condition nécessaire mais non suffisante au rétablissement de l’économie. Ensuite et surtout, la finance n’est pas encore en bonne santé. On peut donner deux lectures pas forcément contradictoires de cette embellie estivale. La première est plutôt encourageante. A force de sommets de la dernière chance, de fonds créés et de milliards débloqués, une solution au problème européen commencerait à s’esquisser. Par exemple, si l’Espagne ne trouve pas d’investisseurs pour financer son déficit budgétaire, on a désormais une solution pour régler le problème : Madrid fait appel à Bruxelles, un fonds européen prête de l’argent en échange de mesures pris par l’Espagne pour rétablir ses comptes, et la Banque centrale européenne intervient en appui si nécessaire. Et la seconde lecture de ce doux mois d’août ? C’est tout simplement qu’on a une nouvelle fois repoussé les problèmes. Nous sommes en fait entre deux dates-clé. D’abord le 26 juillet dernier, quand Mario Draghi a dit que la Banque centrale européenne ferait le nécessaire pour sauver l’euro. Tout serait donc possible, y compris la création de monnaie pour financer l’infinançable. Ensuite le 12 septembre. Ce jour-là, la cour de Karlsruhe, qui est l’équivalent allemand de notre Conseil constitutionnel, dira si le fonds de soutien des Etats en déroute est conforme à la loi fondamentale allemande. Entre les deux, nous sommes en apesanteur. Tout paraît organisé pour que les financiers puissent tranquillement se dorer la pilule. Après, la rentrée sera forcément rocailleuse. Car au fond, nous n’avons réglé aucun problème. Il y a toujours trop de dettes et pas assez de croissance. C’est un peu comme si nous étions sur un pont qui menace de s’effondrer. On commence à savoir soigner les gens qui dégringolent du pont, mais on ne sait toujours pas comment empêcher le pont de tomber. L’Europe est-elle la seule à connaître ce problème ? Jusqu’à présent, les investisseurs focalisaient leur attention sur nous. Mais ça commence à changer. Aux Etats-Unis, l’excès de dette a été noyé dans les milliards fabriqués par la Fed et la flambée des emprunts publics. Résultat : les parlementaires américains vont bientôt s’étriper sur la loi qui plafonne la dette publique. En Chine aussi, il y a des montagnes de dettes qu’on commence seulement à entrevoir. Les investisseurs vont s’inquiéter d’autre chose que de l’Europe, et ce n’est pas une mauvaise chose pour nous.

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