La réforme des retraites se précise …

Cette réforme est LE casse-tête de rentrée du gouvernement, avant un autre défi, le budget 2014. L’exécutif est entre l’arbre et l’écorce. D’un côté il est obligé de prendre les choses à bras le corps, puisqu’il est impératif de combler d’ici à 2020 un besoin en financement de 7.5 milliards d’euros pour le seul régime général des retraites. De l’autre il fera tout pour éviter une explosion sociale comme les retraites en ont déjà provoquées. D’où la mobilisation de tant de ministres autour du dossier, techniquement et aussi en termes de communication. D’où aussi le fait que l’air de rien, le gouvernement fasse monter la pression sur les partenaires sociaux et chacun de nous en fait. Pour preuve la petite phrase de Michel Sapin hier chez vos confrères de France Info : « Les Français, a-t-il déclaré, savent que s'il n'y pas une réforme des retraites, ce à quoi ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, c'est-à-dire une retraite par répartition, va s'écrouler ». En clair : tous au pied du mur.

Sur les mesures concrètes, le gouvernement ne parle que d’hypothèses, mais selon vous la situation se décante ?

C’est désormais une question de jours avant que les arbitrages définitifs ne soient rendus. Le premier point sur lequel le Président de la République et le Premier ministre doivent trancher, c’est sur l’outil qui servira en priorité à combler les déficits. En gros, augmente-t-on la CSG ou relève-t-on les cotisations. Nous l’affirmons depuis deux semaines, c’est la hausse de la CSG qui tient la corde et Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, a apporté encore un peu plus d’eau à ce moulin hier en concédant que c’est « une option qui a sa cohérence ». Toute la question est de savoir le niveau de cette hausse, en gros de 0.2 point si l’on s’en tient aux retraites à 0.5 point si on décide d’éponger de la dette sociale liée à l’assurance maladie en même temps. C’est là que semble être la seule inconnue restant sur la CSG.

Clarification en vue aussi sur un autre volet de la réforme, la durée de cotisation : elle continuera d’augmenter après 2020 ?

Au-delà des précautions oratoires officielles, l’allongement de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une pension sans décote est « l’hypothèse centrale » a reconnu le conseiller d’un ministre. C’était une des clés de la réforme Fillon de 2003 : la progression de la durée de cotisation au fur et à mesure que l’espérance de vie s’allonge. Les assurés qui prendront leur retraite cette année doivent avoir cotisé 41 annuités, ce sera 41 ans et trois trimestres pour ceux qui partiront en 2020.

Mais après 2020, la loi Fillon ne prévoyait rien et c’est au gouvernement actuel de trancher. Il y a encore sur la table deux scénarios dont je vous épargne les détails techniques. Ce qu’il faut retenir est le résultat prévisible. A peu près au même dans les deux cas pour celles et ceux qui nous écoutent : on arriverait à 42 annuités pour les assurés nés en 1962, à 43 ans pour ceux de 1975. Et en prolongeant la courbe cela donnerait 44 annuités pour les jeunes gens nés en 1989 et donc à l’orée de leur carrière. Désolé de peut-être leur gâcher le petit déjeuner.

Les hypothèses sont de plus en plus claires mais donc tout cela reste à officialiser au sommet de l’Etat. Quel est le calendrier ?

Aucune date précise n’est donnée pour officialiser tout ou partie des dispositions que nous venons d’évoquer. Mais deux rendez-vous conditionnent tout. D’abord lundi et mardi prochain, où Jean-Marc Ayrault réunit les partenaires sociaux. Ensuite le conseil des ministres du 18 septembre, où le projet de loi doit être présenté. Dans cette fenêtre de lancement, nous saurons. Et peut-être, le premier ministre livrera-t-il des indices ce week-end, à l’université d’été du PS.

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