Jean-Marc Vittori, du quotidien Les Echos

Le gouvernement a tranché. Il va baisser l’impôt sur le revenu pour redonner du pouvoir d’achat aux Français les plus démunis. Est-ce une bonne idée ? Franchement non, et pour trois raisons. Numéro un, la baisse d’impôts ne profite pas aux plus démunis, les plus frappés par la crise, ceux qui auraient sans doute le plus besoin d’un soutien. Car pour en bénéficier, il faut en effet payer l’impôt sur le revenu. Or en France, un foyer sur deux n’en paie pas. Les contribuables qui vont profiter de la mesure sont donc forcément dans la moitié la plus aisée de la population. C’est le milieu des classes moyennes, pas du tout les plus défavorisés. Le meilleur moyen de donner du pouvoir d’achat aux plus démunis, c’est de leur verser des allocations sociales. La mesure ne touche donc pas son but.Vous nous avez promis deux autres raisons... Les voilà. Numéro deux : le gouvernement perpétue l’instabilité fiscale. Au cours des quinze dernières années, les gouvernements ont tripoté huit fois le barème de l’impôt sur le revenu. La règle fiscale change tout le temps. On est dans le bricolage, le brouillard et pas du tout dans le long terme. C’est une maladie typiquement française. Raison numéro trois : comme la mesure porte sur le bas du barème, elle va fatalement réduire encore le nombre de ménages qui paient l’impôt sur le revenu, alors que le gouvernement en a déjà exonéré un million et demi cette année.

En quoi la diminution du nombre de Français imposables pose-t-elle un problème ? Pas un problème, mais deux. Du côté de ceux qui paient encore l’impôt, ça renforce une impression d’injustice car il semble y avoir un fossé de plus en plus profond entre ceux qui casquent et ceux qui palpent. C’est évidemment une impression fausse, car l’impôt sur le revenu représente une petite part des prélèvements. Il prend moins de 4% de la richesse nationale contre plus de 8% en moyenne dans les pays développés. En revanche, personne n’échappe à la TVA, et à la CSG, qui prélèvent chacune bien plus que l’impôt sur le revenu. Mais on s’en acquitte sans le savoir, contrairement à l’impôt sur le revenu qui est le plus visible, le plus douloureux instrument du fisc. Quant à ceux qui ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu, ils finissent souvent par croire qu’ils ne paient pas d’impôt du tout. Ils sont donc favorables à la hausse des dépenses publiques. Ce n’est pas un hasard si la France a l’impôt sur le revenu globalement le plus faible de tous les pays développés et la dépense publique la plus élevée ou presque.Que faut-il faire alors ? Deux choses. D’abord, si on veut aider les pauvres, il faut le faire par les prestations sociales et non par l’impôt. Ensuite, il faut rendre l’impôt visible. Je crois profondément que la dépense publique est nécessaire, que l’impôt est légitime. Mais aujourd’hui, la majorité des prélèvements est planquée. Ce n’est pas sain. Les Français doivent sentir davantage le poids réel de la fiscalité. Comme l’impôt sur le revenu est très visible, il devrait être bien plus élevé, à condition évidemment que d’autres impôts moins visibles disparaissent. Alors nous pourrons enfin avoir un débat sérieux, informé, démocratique sur le rôle de l’Etat en France.

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