Le sujet économique du jour ce sont de nouveaux indicateurs sur la santé du tourisme cet été. Excellente santé en l’occurrence…

Effectivement. En cet été troublé, une bonne nouvelle, cela se célèbre. Le gouvernement ne s’en est pas privé : c’est Laurent Fabius – le tourisme est dans le pré carré du ministre des Affaires étrangères – qui a donné le ton hier des pré-bilans de la saison touristique, portant sur la période allant de début juillet au 10 août. Avec donc de très bons chiffres en valeur absolue : + 9 % en un an pour l’hôtellerie de plein-air, 9 à 10 % pour les parcs d’attraction, ou encore 10 % pour les croisières fluviales. Le cabinet Protourisme a lui confirmé une hausse de 3.5 % pour le nombre de nuitées achetées, tous types d’hébergements confondus : hôtels, campings, résidences ou meublés. Et puisqu’un bon touriste est un touriste qui dort mais aussi consomme, Visa a joint sa voix à ce concert en indiquant que les détenteurs non français de ses cartes ont dépensé 10 % de plus dans notre beau pays qu’en 2014.

Donc, cocorico : Laurent Fabius nous annonce un nouveau record mondial de fréquentation touristique de la France. Reste que ce tableau éclatant est un peu en trompe l’œil.

Qu’y a-t-il donc de si préoccupant derrière ces chiffres?

Ils sont liés à une série de paramètres exceptionnels. Le climat plus que clément, les prix du carburant qui incitent à se déplacer, l’euro faible qui attire les non-européens. On pourrait aussi citer des signaux faibles comme les ménages qui ont renégocié leurs crédits immobiliers et au passage retrouvé un peu d’oxygène pour leur budget vacances. Et bien sûr, plus dramatique, il y a l’instabilité politique du bassin méditerranéen qui a incité les français à rester dans l’hexagone, et les étrangers à rester en Europe pour au moins faire étape en France sur la route de l’Espagne par exemple.

Or le propre d’une telle série de facteurs exceptionnels est d’être provisoire, voire fugace. En plus, la France n’est pas la seule gagnante. Ses voisins et concurrents progressent aussi, certains, comme l’Espagne, plus vite que l’hexagone. En réalité, le tourisme français perdrait des parts de marchés.

Sur quoi les professionnels doivent-ils alors faire porter leurs efforts ?

On pourrait le résumer par l’adaptation à une double nouvelle donne, côté clientèle.

D’abord l’afflux de visiteurs non européens : 2 millions de touristes chinois en France cette année, Laurent Fabius vise les 5 millions ; environ 25 % de visas en plus pour des ressortissants indiens ou ceux d’Asie du Sud. Qui forcément ont des attentes rompant avec les habitudes de la filière tourisme.

Ensuite, il y a les modes de consommation singuliers des voyageurs de la génération Booking-Tripadvisor-Airbnb-Uber : nouvelles demandes en termes d’hébergement, d’accueil, de services, de modes de paiement ou de transport de proximité. Pour eux tous, une part de l’exotisme français est plutôt un archaïsme. Et très clairement, c’est à l’offre française de s’adapter à leurs exigences, pas l’inverse.

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