L’Italie, c’est l’homme malade de l’Europe. Pas seulement parce que le pays est l’inventeur du populisme en Europe. Silvio Berlusconi est arrivé au pouvoir il y 25 ans. Non, ça, ce n’est qu’un symptôme. C’est la fièvre, pas la maladie. Notre voisin est en fait atteint de stagnation économique.

Matteo Salvini, ministère de l'Intérieur italien
Matteo Salvini, ministère de l'Intérieur italien © AFP / MANUEL DORATI / Controluce

Jugez-en : le PIB par habitant n’a pas bougé depuis 2000 alors qu’il a progressé dans le même temps de 15 % en France. Le Sud s’est enfoncé dans le marasme. Un Sicilien est devenu moins riche qu’un Grec. Et le pays perdu 400 000 habitants depuis 2015, l’équivalent de la population de Lyon. Inédit depuis la crise de 1929 ! Et ça ne s’explique pas seulement par la baisse de la natalité mais par le départ d’Italiens. L’an passé, 160 000 Italiens ont quitté le pays. Ils prennent l’avion pour Londres ou Berlin pour travailler. Vu le niveau élevé du chômage dans leur pays, pas sûr qu’ils regrettent le soleil et la Méditerranée. Dette publique importante, productivité en baisse, banques en difficultés, corruption … On ne compte plus les problèmes de l’économie italienne. Surtout, le pays n’a pas su s’adapter à l’euro. Avant, quand l’Italie avait un problème, elle dévaluait sa monnaie. Ce n’est plus possible aujourd’hui. 

L’expérience populiste est-elle convaincante sur le plan économique ? 

Pas du tout. L’économie, c’est le trou noir dans la pensée des nationaux-populistes comme Matteo Salvini et Luigi Di Maio. Ils ont voulu relancer l’économie par la demande en créant un « revenu universel ». Raté ! Les marchés financiers ont mal réagi et les taux d’intérêt ont grimpé. Ce qui a cassé la dynamique d’une économie déjà fragile. Le PIB va faire du surplace cette année et le chômage recommence à grimper. Mais le bras de fer avec Bruxelles sur le budget n’est pas l’élément déclencheur. La débâcle économique, c’est à cause de la montée des taux. Et, pour ça, Salvini et ses amis ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. 

Que peut faire le futur gouvernement italien ?

La maladie de l’Italie ne se guérit pas facilement. Le problème principal, c’est la baisse de la productivité. Cela veut dire que le pays ne se modernise plus. La solution, c’est peut-être d’investir dans l’éducation et les nouvelles technologies, quitte à faire grimper un peu la dette publique. Les malheurs de l’Italie devraient en tout cas nous intéresser. Car si notre voisin ne retrouve pas de croissance, la question de son appartenance à l’euro se posera. Et le tsunami touchera alors toute l’Europe.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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