Aujourd’hui, vous voulez nous parler de l’inflation. Mais pourtant, la hausse des prix est plutôt limitée ? Vous avez tout à fait raison Eric. En France, les prix à la consommation ont augmenté de 1,6 % en un an. C’est peu, même si ça suffit à rogner notre pouvoir d’achat. Et puis ça va baisser dans les prochains mois pour revenir vers 1%. Donc pas de problème. Certains économistes aimeraient même bien qu’il y ait un peu plus de hausses de prix pour que nous puissions rembourser nos dettes en monnaie de singe. Mais il n’y a pas que la France. Ailleurs, les prix montent plus vite, et ça pourrait bien finir par nous rattraper. Alors, où l’inflation est-elle un problème ?L’actualité du jour, c’est en Inde. Les prix ont augmenté de 10% en un an et la banque centrale a donc décidé hier de remonter ses taux d’intérêt pour la seconde fois en un mois. En Chine, la hausse est pour l’instant de 3% mais une accélération se dessine. Dans ces deux pays, où habite tout de même plus du tiers de la population mondiale, on s’inquiète beaucoup de la poussée des prix alimentaires. Ca pourrait provoquer des troubles politiques que l’on cherche à éviter dans la démocratie indienne comme dans la dictature chinoise. Mais l’inquiétude sur les prix dépasse largement ces deux pays. En Corée du sud, le prix du chou fermenté, le kimchi, qui est le plat national, s’envole. Plus sérieusement, l’Australie et la Norvège ont aussi relevé leur taux d’intérêt pour endiguer l’inflation. Et dans les semaines qui viennent, le Brésil et le Canada vont sans doute le faire. Ca a l’air de vous étonner…Ce qui est impressionnant, c’est le basculement. Il y a un an, tout le monde parlait de la déflation, c’est-à-dire la baisse des prix. Et là, un peu partout dans le monde, c’est exactement l’inverse. Ca montre tout simplement que l'activité est repartie dans beaucoup de pays après la chute de l'an dernier. La croissance mondiale va dépasser 3% cette année après avoir chuté l'an dernier. Les usines du monde entier – enfin, du monde en dehors de l'Europe – ont faim de charbon, de fer, de cuivre. Les mines fonctionnent au maximum de leur capacité. La plupart des métaux sont d'ailleurs à des prix records. Le baril de pétrole dépasse les 80 dollars alors qu'il en valait à peine 30 début 2009. C'est reparti très très vite. C'est le signe d'un monde nouveau où il y a à la fois beaucoup d'argent qui circule et beaucoup de dettes qui gonflent, et où on peut donc passer brutalement de l'inflation à la déflation – et vice-versa. Mais en quoi ça nous concerne? Le problème de la France, et de l'Europe d'ailleurs, c'est que la croissance est plombée par trop de dettes et pas assez d'innovations. Dans ces conditions, nous n'avons aucun risque de fabriquer notre propre inflation, avec des augmentations de prix qui poussent les salaires qui poussent les prix et ainsi de suite. En revanche, nous pouvons parfaitement importer de l'inflation. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé depuis la dernière guerre: toutes les flambées des prix ont été provoqués d'abord par les matières premières, avec la guerre de Corée en 1950 ou les chocs pétroliers des années 70. Mais avant, nous avions eu à chaque fois une forte croissance. Là, nous pourrions avoir l'inflation sans la surchauffe. Comme si vous aviez la gueule de bois sans avoir bu: c'est très désagréable. Et dans ce scénario, c'est notre pouvoir d'achat qui serait la première victime.

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