Le combat anti-Linky ou le nouvel obscurantisme.

Ce serait pittoresque si cela n'était pas révélateur d'une peur parfois panique de toute évolution et c'est la marque du sucès des théories du complot. On parle bien sûr de la résistance que suscite ici ou là l'installation des nouveaux compteurs électriques Linky qui doivent remplacer les vieux compteurs rustiques que nous avons chez nous. 700.000 sont en place, ce sera 35 millions dans cinq ans. Ces compteurs sont dits intelligents parce qu'ils permettront de consulter sur smartphone et ordinateur la consommation d'énergie pour réaliser des économies et de gérer le réseau à distance. Intelligents, smart phones : deux mots qui sans doute font peur. Hier, la Ligue des droits de l'homme, rien que cela, a demandé un moratoire sur le projet ; Nicolas Dupont Aignan, lui, vient d'annoncer son refus de Linky dans sa commune de 30.000 habitants, Yerres dans l'Essonne. Comme cent autres petites villes et villages - sur 36.000.

La Ligue des droits de l'homme qui non, c'est sérieux quand même ?!

La Ligue craint que le relevé de la consommation permette à on ne sait qui de savoir à quelle heure on se lève, on se couche, on allume son rasoir électrique et sa tondeuse à gazon. Intrusion dans la vie privée, Big Brother ! Passons sur le fait que tous les clients doivent dire, en cochant dans une case, s'ils acceptent ou non que ces données quittent leur boîtier individuel. Et que le CNIL s'est prononcée. Faisons juste remarquer qu'utiliser sa carte bancaire ou aller sur Facebook en dit cent fois plus sur nous. L'autre argument, c'est la peur des ondes qui viendaient des boîtiers malgré l'assurance que les radio-fréquences émises sont 100 fois moins puissantes qu'une ampoule basse consommation. Jusqu'à preuve sérieuse du contraire, tout cela est du grand n'importe quoi.

Les opposants sont donc des technophobes ?

Oui, mais le sujet Linky n'est pas ce qui est intéressant – en dehors du fait que c'est une étape clé pour préparer la transition énergétique. Et en dehors de l'échec évident d'ERDF à illustrer simplement les économies que chacun peut espérer. L'intéressant, c'est que la résistance à ce genre de projet a été tellement forte qu'entre les contraintes techniques et les centaines d'expertises de tous ordres, il se sera écoulé plus de 15 ans entre son lancement et son aboutissement. Une illustration extraordinaire des lenteurs et des blocages, pas seulement politiques, mais aussi psychologiques, qui paralysent si souvent notre pays sur des sujets autrement plus importants.

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