Dans Les Echos, le journal de Dominique Seux,le plus haut gradé de l’Armée s’inquiète de la faiblesse des moyens de la Défense.

Il s’agit du chef d’état-major des Armées, le général Pierre de Villiers, qui sort de sa réserve pour mettre en garde contre l’insuffisance de ses ressources. Cette tribune tout à fait rarissime a été rédigée avant l’attentat de Berlin, mais les conflits au Proche-Orient et le terrorisme lui donne une actualité particulière. Son message est : il y a le terrorisme, il y a des Etats partout qui réarment, nous avons 20.000 soldats déployés 24 heures/24 à l’étranger et en France, et nos matériels sont vétustes, bref nous tirons sur la corde. Il y a aussi un doute sur les engagements militaires de Donald Trump. Le timing de cette prise de parole a été calé pile poil pour éviter toute suspicion politique. Le Budget 2017 a été voté hier, donc ce n’est pas une pression sur le gouvernement actuel. On est loin de la présidentielle, donc pas d’immixtion. Mais le but est bien d’interpeller les candidats.

Il y a une revendication très concrète.

Le vœu du patron des Armées est que le budget de la Défense passe de 1,8% du produit intérieur brut à 2% avant la fin du prochain quinquennat, en 2022. Cela le ferait passer de 33 à plus de 40 milliards d’euros pour faire face à la menace de ce qu’il appelle les Etats puissance. On pense à la Russie et, plus loin, à la Chine. La France manque de patrouilleurs, d’avions ravitailleurs (on a fait appel aux américains en Libye et au Mali), de blindés. L’effort était de 3% du PIB en 1981, en pleine guerre froide, il a donc été divisé par deux depuis la fin de l’URSS.

Cet appel sera-t-il entendu ?

A gauche, François Hollande s’est engagé devant l’OTAN à atteindre ce 2% en 2025, pas en 2022. A droite, François Fillon n’est pas dans le même calendrier non plus. L’Armée, donc, s’inquiète. Mais où trouver l’argent ? Difficile d’augmenter les impôts. Tout l’enjeu sera de trouver des économies pour financer le renforcement du rôle régalien de l’État, sans atteindre ce qui est le plus essentiel dans le Welfare State, l’État providence, auquel les plus démunis ont évidemment et légitimement droit. Au total, une période se termine : celle que l’on a appelé des dividendes de la paix. Titre la tribune du Général : « le prix de la paix, c’est l’effort de guerre ». Des mots que l’on a pas entendu depuis longtemps.

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