Gérald Darmanin a demandé un gel des tarifs autoroutiers. Un voeu juridiquement pieux.

Bouchon sur l'A10 en août 2018
Bouchon sur l'A10 en août 2018 © AFP

Cette déclaration du ministre des Comptes Publics sonne comme une douceur aux oreilles des automobilistes à la veille des transhumances de Noël. 

Mais est-ce sérieux ? Disons que c’est un vœu qui a des chances de rester pieux. 

Pourquoi ? Parce qu’à la différence des gestes commerciaux que peuvent faire les banques et les assureurs, à la différence des décisions que l’Etat peut imposer sur les prix de l’électricité et du gaz, les tarifs autoroutiers dépendent de contrats, contrats signés par les gouvernements. Au 1er février, les tarifs doivent légalement augmenter de 1,8% en moyenne. Là-dedans, il y a la compensation de l’inflation et un bout de rattrapage du gel décidé en 2015 par Ségolène Royal – à l’époque, elle s’était rendue populaire à peu de frais en appliquant la théorie du après moi le Déluge. 

Pour l’instant, aucune discussion n’a commencé, pour une raison simple : la priorité est que les départs en vacances se passent bien, hier soir il y avait une vingtaine de points de blocage sur le réseau – la gendarmerie est intervenue. 

Mais en janvier, y aura-t-il des discussions ? C’est possible, ce n’est pas sûr, le gouvernement sait qu’un « geste » se paiera par, par exemple, un allongement des concessions.  

Mais ces sociétés sont riches … Oui, cela ne fait aucun doute, pour un chiffre d’affaires supérieur à 10 milliards d’euros par an, elles versent à leurs actionnaires des dividendes compris entre un et quatre milliards par an. 

Pourquoi ? Ce qu’elles disent, c’est qu’elles ont beaucoup investi, c’est vrai, et que le système autoroutier français est un des meilleurs du monde, ce qui n’est pas faux. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’il suffit de voir l’état de saleté (honteuse) des autoroutes publiques aux abords de Paris pour comprendre que l’Etat n’a pas les moyens et ne sait pas faire ce métier. Un Etat qui va empruter plus de 200 milliards d'euros cette année sur les marchés pour simplement financer sa dette, donc ce n'est pas sa priorité. 

Mais à l’inverse, ce qui est vrai est que ces sociétés ont bénéficié à 100% de la baisse des taux d’intérêt, qui n’avait pas été prévue au moment des privatisations, pour refinancer leurs dettes. Coup de chance. Il y a quelques années aussi, l’Autorité de la concurrence avait taclé l’incompétence de l’Etat qui ne sait pas combien coûte la construction et l’entretien d’un kilomètre de bitume et s’est fait (disons) déborder – pour choisir ce mot- par les concessionnaires. Malin. Il n’avait pas non plus anticipé l’automatisation des péages. 

Alors ? Au total, c’est une rente, mais elle est à 100% légale. Tout cela étant dit, les autoroutes devraient mesurer le rejet qu’elles suscitent et en tirer les conséquences en faisant un vrai geste sur les péages. Ce serait intelligent.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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