Les dépenses d’arrêts de travail ont brusquement augmenté en janvier, est-ce qu’il faut s’inquiéter ?

Un petit peu tout de même. Les remboursements ont bondi de 8% le mois dernier. Ca pourrait être un hoquet statistique et on n’aurait même pas besoin d’en parler. Mais le mal est plus profond, parce que sur douze mois, les indemnités journalières galopent encore de plus de 5%. Ca fait quatre ans que ça dure, quatre ans que les arrêts de travail dérapent.  

En soi ce n’est pas un drame. Qu’est-ce que ça coûte à la Sécu ? Allez, une grosse dizaine de milliards d’euros par an. Ca reste raisonnable à l’échelle de 200 milliards de remboursement de soins. 

Mais le plus ennuyeux dans cette histoire, c’est qu’on ne sait pas pourquoi les travailleurs tombent comme des mouches. Les docteurs de Bercy et de l’Assurance-maladie sont perplexes. 

Avant, tout était simple. Plus il y avait de travailleurs, plus il y avait de travailleurs arrêtés. C’était mécanique. 

Maintenant, c’est plus compliqué. On a aussi plein d’arrêts en temps de crise. Parce que quand on détruit des emplois, ceux qui restent donnent tout ce qu’ils peuvent, et à la fin ils s’effondrent, avec des éclipses très longues, très chères. 

Bref, quelle que soit la conjoncture, les arrêts de travail se multiplient…

Oui, parce que ces arrêts jouent un rôle de soupape de sécurité dans notre société. 

Mieux vaut se rendre à l’évidence : nous avons collectivement pris un sacré coup de vieux. Nous allons travailler jusqu’à 62 ans et plus. A cet âge-là, on consomme plus d’indemnités journalières.

Ca c’est la soupape qui gère le vieillissement. La deuxième soupape est dédiée au travail. Avez-vous remarqué à quel point il s’est infiltré partout dans notre vie ? Le téléphone qu’on sort de sa poche à n’importe quelle heure ; le management par objectifs, qui rend fou. 

Quand il n’y a plus de césure dans la vie professionnelle, la maladie ou l’accident se chargent d’en créer une. 

Bien sûr, ce n’est pas tolérable. Les entreprises ont beaucoup de progrès à faire pour créer des organisations moins anxiogènes, moins toxiques, plus adaptées aux seniors. Il manque juste un déclic, et puis aussi, pas mal de courage. 

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